L'Éthiopie connaît une nouvelle escalade des violences dans le Nord, près de quatre ans après l'accord de Pretoria. Sept groupes armés et politiques, dont le TPLF et le mouvement national Fano de l'Amhara, ont annoncé une alliance visant à renverser le gouvernement d'Abiy Ahmed et à mettre en place une transition. Cette alliance intervient dans un contexte de reprise des combats au Tigré, avant de gagner l'Afar et l'Amhara.
Les combats ont conduit à la saisie et à l'occupation par les forces tigréennes des aéroports de Mekelle, Axoum et Shire, selon l'Union africaine. Cette occupation est considérée comme contraire aux engagements de Pretoria. Ethiopian Airlines a suspendu ses liaisons vers ces villes. L'Union africaine a appelé à une désescalade immédiate et à la reprise du dialogue direct.
Le Tigray People's Liberation Front occupe une place centrale dans cette nouvelle offensive. Le TPLF, qui dominait la vie politique éthiopienne avant l'arrivée d'Abiy Ahmed en 2018, avait combattu le gouvernement fédéral de 2020 à 2022. L'accord de Pretoria avait mis fin aux principales hostilités, mais n'a pas réglé entièrement le retour des déplacés, les territoires contestés de l'ouest du Tigré ni le désarmement des forces tigréennes.
La coalition réunissant le TPLF, le mouvement national Fano de l'Amhara et des groupes issus notamment de l'Oromia, de l'Afar, de la région somalienne et du Benishangul-Gumuz, dit vouloir remplacer le gouvernement fédéral par une administration de transition. Cependant, cette convergence ne signifie pas encore commandement militaire commun ni projet politique partagé.
Des analystes soulignent l'éloignement géographique des groupes, la faiblesse de certains et leurs divergences politiques. Leur rapprochement apparaît davantage comme une entente tactique contre Abiy Ahmed que comme une force unifiée capable de conquérir puis d'exercer le pouvoir. Addis-Abeba accuse par ailleurs l'Érythrée de soutenir cette alliance, ce qu'Asmara dément.
La crise dépasse le Tigré, car Addis-Abeba abrite le siège de l'Union africaine et l'Éthiopie est un acteur majeur de la Corne de l'Afrique. La reprise des combats a perturbé les réseaux internet et téléphoniques dans le Tigré et provoqué de nouveaux déplacements. Le précédent conflit aurait fait des centaines de milliers de morts, selon plusieurs estimations.
Pour des civils encore marqués par la guerre de 2020-2022, les coupures de réseau, les mouvements de population et la crainte de nouvelles pénuries ravivent le souvenir d'un conflit dont les conséquences sont toujours visibles. L'Union africaine a demandé à Olusegun Obasanjo de soutenir les efforts diplomatiques pour résoudre la crise.
Key points
- L'Éthiopie connaît une nouvelle escalade des violences dans le Nord.
- Sept groupes armés et politiques s'unissent contre le gouvernement d'Abiy Ahmed.
- La crise dépasse le Tigré et affecte la stabilité de la Corne de l'Afrique.