Le troisième sommet Russie-Afrique s'est clos sur une déclaration commune et une avalanche de documents signés. Derrière la mise en scène diplomatique, les engagements économiques restent flous et les questions qui fâchent, notamment le recrutement de ressortissants africains pour la guerre en Ukraine, n'ont pas trouvé de réponse. Réunis à Moscou les 28 et 29 octobre 2026, une vingtaine de dirigeants africains et Vladimir Poutine ont adopté une déclaration commune défendant la souveraineté des États, une gouvernance internationale plus représentative et un approfondissement de la coopération.
Le Kremlin peut se prévaloir d'avoir fait salle comble, avec plus de 60 accords annoncés, puis un bilan ultérieur de la Fondation Roscongress faisant état de 146 documents signés, dont 92 accords et 54 mémorandums. Cependant, ces chiffres impressionnent, mais ils ne doivent pas être confondus avec des contrats d'investissement ou des projets financés. Les organisateurs ont mis en avant la signature d'un mémorandum entre Rosatom et le Togo pour un cadre de coopération dans l'utilisation pacifique du nucléaire.
Vladimir Poutine a largement mobilisé la mémoire des luttes anticoloniales pour présenter la Russie comme un partenaire préférable aux puissances occidentales. Ce récit met en avant le soutien soviétique aux mouvements d'indépendance africains, mais laisse dans l'ombre la trajectoire impériale russe, marquée par la conquête et la domination de peuples du Caucase, de Sibérie et d'Asie centrale. La guerre menée contre l'Ukraine soulève également une contradiction entre le discours de souveraineté défendu par Moscou et le recours à la force contre un État voisin.
Les sociétés africaines peuvent reconnaître les responsabilités historiques des anciennes puissances coloniales tout en soumettant la Russie au même examen critique. L'image de partenaire respectueux des peuples africains que Moscou cherche à promouvoir se heurte au dossier des ressortissants africains recrutés pour combattre en Ukraine. Les sections africaines d'Amnesty International ont adressé une lettre ouverte aux dirigeants présents pour leur demander d'interpeller les autorités russes sur ce sujet.
Le président kényan William Ruto a rappelé que l'égalité souveraine, l'intégrité territoriale et le règlement pacifique des différends devaient s'appliquer à toutes les nations. Sans constituer une condamnation explicite de Moscou, cette intervention pose une exigence qui concerne également le pays hôte. Les pays africains ne sauraient être considérés comme les soutiens automatiques d'un camp ou de l'autre.
Moscou a également annoncé la prolongation jusqu'en 2029 de son programme de coopération sanitaire avec les pays africains. Selon les chiffres présentés par les autorités russes, quinze laboratoires mobiles de lutte contre les épidémies ont été remis à huit États africains et environ 450 spécialistes ont bénéficié de formations. La Russie souhaite par ailleurs développer l'accueil des étudiants africains dans ses universités.
Des réponses concrètes sont attendues de la part des autorités russes, notamment sur le rapatriement des ressortissants africains concernés par la guerre en Ukraine. La qualité d'un partenaire ne se mesure pas seulement à ses déclarations ou au nombre d'accords signés, mais aussi à sa capacité à respecter les principes qu'il revendique et à répondre aux questions difficiles que lui adressent ses partenaires.
Key points
- Le sommet Russie-Afrique a abouti à la signature de 146 documents, mais les engagements économiques concrets restent flous.
- La question du recrutement de ressortissants africains pour la guerre en Ukraine n'a pas trouvé de réponse claire.
- La Russie a annoncé la prolongation de son programme de coopération sanitaire avec les pays africains jusqu'en 2029.