L'idée d'une République démocratique du Congo pouvant mobiliser plusieurs centaines de milliards de dollars en s'inspirant de la capacité d'endettement des grandes économies a longtemps été défendue. Cependant, cette idée a été nuancée par certains experts qui estiment que la dette n'est jamais indépendante de l'architecture qui la soutient. Derrière les niveaux d'endettement élevés des grandes puissances se trouvent des marchés financiers profonds, des monnaies fortes, des institutions crédibles et des systèmes fiscaux performants.

Muzito, ancien ministre du Budget, part d'un constat qui n'est pas entièrement contestable : la RDC demeure relativement peu endettée par rapport à de nombreuses économies. Pour un pays confronté à d'immenses déficits d'infrastructures et à des besoins sociaux considérables, cette situation ne devrait pas nécessairement être présentée comme une vertu absolue. Refuser systématiquement l'endettement peut effectivement être contre-productif lorsqu'un pays manque d'écoles, de routes, d'électricité, d'eau, d'hôpitaux ou d'outils industriels.

Une dette correctement conçue et affectée à des investissements productifs peut contribuer à accélérer le développement. Cependant, le raisonnement change lorsqu'on transforme ce faible niveau d'endettement en justification d'une capacité à lever automatiquement 100 milliards de dollars. Il existe une multitude de paramètres à considérer, notamment le coût du crédit, la maturité des emprunts, la devise dans laquelle ils sont contractés, les garanties exigées et la qualité des institutions.

Le ratio dette/PIB n'est donc qu'un indicateur parmi d'autres. Il faut surtout distinguer deux notions : le niveau d'endettement décrit une situation passée, tandis que la capacité d'emprunt dépend de la crédibilité future du débiteur. Confondre les deux revient à transformer une donnée statistique en plafond théorique de financement. La RDC peut être relativement peu endettée et rester incapable d'emprunter à grande échelle à des conditions soutenables.

Un montant de 100 milliards de dollars peut produire un effet spectaculaire dans un débat public, mais un emprunt ne doit jamais être analysé à partir du capital seul. Il faut y ajouter les intérêts, les échéances, les risques de change et les conséquences sur les finances publiques. Une dette de 100 milliards contractée à 5 % représente déjà 5 milliards de dollars d'intérêts annuels.

Le PIB n'est pas le compte bancaire de l'État. Le raisonnement fondé principalement sur le rapport entre dette et PIB présente une autre limite. Le PIB mesure la valeur de l'activité économique d'un pays, mais il ne représente pas les recettes disponibles dans les caisses publiques. Un pays peut afficher un PIB important tout en disposant d'une capacité fiscale faible.

La question monétaire est fondamentale pour la RDC. Un État qui emprunte dans sa propre monnaie bénéficie d'une marge de manœuvre différente de celle d'un État qui doit rembourser dans une devise qu'il ne contrôle pas. La RDC doit souvent rechercher des devises pour honorer une dette contractée en dollars ou dans d'autres monnaies étrangères, ce qui fait apparaître le risque de change.

Key points

  • La dette de la RDC à 100 milliards USD doit être analysée de manière nuancée.
  • Le faible niveau d'endettement de la RDC ne signifie pas une capacité illimitée d'emprunt.
  • La capacité d'emprunt de la RDC dépend de sa crédibilité future et de plusieurs paramètres économiques.

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SaharaWire Newsroom
SaharaWire

Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.