La fermeture de la route menant à la frontière tuniso-libyenne ou les pannes du système informatique au poste frontière de Ras Jedir ont des répercussions immédiates sur l'économie des régions du Sud tunisien, notamment à Ben Guerdane, Médenine et Tataouine. Le commerce transfrontalier informel, qui représente un véritable système économique de subsistance pour environ 120 000 habitants de la région de Ben Guerdane, est particulièrement affecté.
Ce commerce parallèle, qui a connu un essor considérable dans les années 1990 et 2000, est devenu vital pour les régions défavorisées du Sud tunisien. Il a servi d'amortisseur social en créant des milliers d'emplois directs et indirects. Cependant, depuis la chute de Maâmar Kadhafi en 2011, la frontière du Sud-Est tunisien est devenue plus volatile, l'activité économique a connu un coup d'arrêt en raison de l'insécurité et des affrontements armés en Libye.
Malgré les efforts du gouvernement tunisien pour régler les crises, la situation reste préoccupante. Les solutions apportées sont souvent ponctuelles et ne s'attaquent pas au problème à la racine. La région du Sud tunisien est ainsi otage économique d'un État voisin instable. Les conséquences de cette instabilité sont nombreuses, notamment en termes de marginalisation du Sud tunisien, qui n'est pas due à la géographie, mais à des choix politiques.
Depuis 1956, le pouvoir a favorisé le développement des régions littorales au détriment des régions intérieures. Aujourd'hui, le retard est abyssal et les attentes sont nombreuses. Le coût économique et social de cette situation est important, et la jeunesse du Sud tunisien paie un lourd tribut. Récemment, une quinzaine de jeunes de Ben Guerdane ont péri en mer, ce qui a déclenché une colère populaire.
Cette colère ne visait pas seulement le drame en mer, mais également la situation économique et les revendications de réouverture du poste frontalier de Ras Jedir. La jeunesse du Sud tunisien est prise en étau entre un modèle de survie économique fragilisé par l'instabilité libyenne et l'absence d'alternative économique viable sur le sol tunisien.
Face à cette situation, le gouvernement tunisien a exprimé sa volonté de désenclaver le Sud. Le projet de modernisation du poste de Ras Jedir en corridor logistique international et les visites ministérielles répétées à Ben Guerdane sont des exemples de cette volonté. Cependant, les solutions doivent être avant tout tunisiennes et durables, en commençant par la mise en place d'une politique de développement régional ambitieuse.
La Tunisie post-2011 traverse une longue crise sévère des finances publiques, ce qui limite ses capacités d'investissement dans toutes les régions du pays. Le dernier drame de Ben Guerdane sonne comme une alarme : le Sud s'impatiente et ne pourra peut-être plus se contenter de prendre la mer.
Key points
- Le commerce transfrontalier informel est un système économique de subsistance pour environ 120 000 habitants de la région de Ben Guerdane.
- La marginalisation du Sud tunisien est due à des choix politiques favorisant le développement des régions littorales.
- Le gouvernement tunisien a exprimé sa volonté de désenclaver le Sud par des projets de modernisation et des visites ministérielles.