Récemment déclassifié par la CIA, un « manuel de sabotage » rédigé par les services secrets américains pendant la Seconde Guerre mondiale a refait surface parmi la gauche américaine. Ce manuel, daté de janvier 1944, a été rédigé par l'Office of Strategic Services (OSS), l'ancêtre de la CIA. Il a été déclassifié en 2008 et mis en ligne sur le site internet de la CIA en 2019. Le document a connu un succès important en étant téléchargé des centaines de milliers de fois et en circulant dans les sphères anti-trumpistes.

L'historien Dominique Pinsolle, spécialiste de l'histoire de la communication et du mouvement ouvrier, a préfacé la traduction du manuel. Selon lui, l'OSS s'est largement inspirée des méthodes des saboteurs syndicalistes du début du XXe siècle. Les ressemblances entre le manuel de l'OSS et la littérature syndicaliste d'avant 1918 sont frappantes. Le directeur du bureau, William J. Donovan, a connu l'époque où le sabotage prôné par l'Industrial Workers of the World (IWW) faisait les gros titres.

Le sabotage comme tactique syndicale est une invention française. C'est l'anarchiste Emile Pouget qui, après avoir découvert les méthodes de ralentissement du travail des dockers britanniques, s'en est inspiré pour prôner le « sabotage ». La méthode consiste à proportionner la qualité du travail fourni à sa rémunération. Il s'agit de faire grève en travaillant, en redoublant d'inventivité et d'ingéniosité pour attaquer le patron au portefeuille.

La littérature syndicale sur le sabotage est très abondante en France à la « Belle Epoque ». Les militants américains de l'IWW se sont inspirés directement des textes théoriques d'Emile Pouget. Les premiers adeptes de cette tactique sont les syndicalistes français, qui ont adopté officiellement le sabotage lors de leur troisième congrès en 1897. L'IWW a également adopté cette tactique.

Il y a eu plusieurs « grands moments » de sabotage en France et aux États-Unis. Le premier épisode marquant a lieu après la grève des cheminots français d'octobre 1910. Les cheminots ont poursuivi leur mobilisation en ralentissant le travail et en appliquant excessivement les règlements. Le trafic ferroviaire de marchandises a été désorganisé, ce qui a conduit les compagnies à concéder aux cheminots ce qu'ils n'avaient pas obtenu par la grève.

Le sabotage a également été utilisé aux États-Unis en 1917. Des dizaines de travailleurs ont utilisé cette tactique pour protester contre les conditions de travail et les salaires. Les réponses du patronat ont été violentes, avec des procès et des mesures de répression. Cependant, le sabotage a également été utilisé de manière non violente et non destructive, comme en France.

Aujourd'hui, le manuel de sabotage de l'OSS est considéré comme un texte important pour comprendre l'histoire du mouvement ouvrier et des tactiques syndicales. Il est également vu comme un outil pour les travailleurs qui cherchent à se mobiliser et à protester contre les conditions de travail et les salaires. L'historien Dominique Pinsolle souligne l'importance de comprendre le contexte historique dans lequel le manuel a été écrit et utilisé.

Key points

  • Le manuel de sabotage de l'OSS a été récupéré par la gauche américaine et est considéré comme un texte important pour comprendre l'histoire du mouvement ouvrier.
  • Le sabotage comme tactique syndicale est une invention française, popularisée par l'anarchiste Emile Pouget.
  • Le manuel de sabotage de l'OSS s'est inspiré des méthodes des saboteurs syndicalistes du début du XXe siècle.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.