Une étude sur l’inclusion financière des femmes et des jeunes en Tunisie a été publiée récemment. Elle a été réalisée par le cabinet Matine Consulting, pour le Programme des Nations Unies pour le développement et l’Observatoire de l’inclusion financière. L'étude avance que 41% des femmes et 41% des jeunes détiennent aujourd’hui un compte dans une institution financière formelle.
Cependant, l’usage réel de ces comptes, une fois ouverts, dessine un tableau très différent. Selon l’enquête menée auprès de 2 057 personnes dans sept gouvernorats, 98% des femmes et 99% des jeunes utilisent le cash comme mode de paiement principal. Ce réflexe ne recule presque pas chez les détenteurs de compte. Parmi les femmes bancarisées, 45% n’utilisent que du liquide, sans jamais recourir à leur carte, à un virement ou à un chèque.
Chez les jeunes bancarisés, cette proportion atteint 44%. Posséder un compte ne se traduit donc pas, pour près d’un détenteur sur deux, par un changement de comportement financier. L’étude elle-même apporte une explication à ce paradoxe. La Poste capte 27% des jeunes, la première place parmi les institutions financières. Mais cette adoption s’explique principalement par des obligations administratives.
La réception d’une bourse universitaire ou le règlement de frais d’inscription doivent obligatoirement transiter par les services de La Poste. Cette contrainte institutionnelle explique la forte présence des étudiants dans l’échantillon, 36% du total, sans refléter un engagement volontaire avec les services financiers. Le résumé de l’étude est direct sur ce point, à propos des jeunes : 92% n’ont jamais contracté de crédit formel.
Cela reflète une adoption passive et fonctionnelle des services, sans réelle autonomie. Le phénomène ne se limite pas aux jeunes sans revenu. Rien n’oblige un employeur à verser un salaire sur un compte bancaire ou postal en Tunisie. Conséquence directe relevée par l’étude : 55% des femmes actives continuent de percevoir leur rémunération en espèces.
Cela renforce leur préférence pour le cash et leur recours aux circuits informels, y compris lorsqu’elles disposent par ailleurs d’un compte. Le taux de détention d’un compte est mis en avant comme indicateur central de l’inclusion financière. Il mesure surtout autre chose : la capacité d’un système à imposer administrativement l’ouverture d’un compte, pour une bourse ou pour un salaire.
L’écart entre les deux chiffres, 41% de comptes ouverts contre 98% d’usage du cash, dit toute la distance entre l’inclusion statistique et l’autonomie financière réelle. Cela montre que l'inclusion financière en Tunisie nécessite des efforts supplémentaires pour encourager l'utilisation des services financiers formels.
Key points
- - 41% des femmes et 41% des jeunes en Tunisie détiennent un compte dans une institution financière formelle. - 98% des femmes et 99% des jeunes utilisent le cash comme mode de paiement principal. - L'inclusion financière en Tunisie nécessite des efforts supplémentaires pour encourager l'utilisation des services financiers formels.