La journaliste égyptienne Lina Attalah, directrice du principal média indépendant Mada Masr, a été interpellée par les forces de sécurité après avoir été condamnée à une amende lors d’un procès expéditif mardi. Le tribunal des délits mineurs a ordonné la fermeture de Mada Masr et imposé une amende à Mme Attalah de trois millions de livres égyptiennes, soit près de 49 000 euros, pour l’avoir exploité « sans licence ».
Des membres des services de sécurité ont ensuite « encerclée, soulevée du sol et fait sortir de la salle d’audience dans le palais de justice, où elle reste en détention », selon Mada Masr. Le juge a rendu sa décision « au milieu des crises et des protestations des avocats de la défense », juste avant que Lina Attalah ne soit interpellée, a déclaré Hossam Bahgat, directeur de l’organisation Initiative égyptienne pour les droits de la personne.
La décision du tribunal a suscité de vives critiques de la part des organisations de défense des droits humains. « La décision prise aujourd’hui porte un coup terrible à la liberté de la presse en Égypte », a déclaré Amnesty International dans un communiqué, parlant d’un « jour sombre ». Cette décision draconienne est l’aboutissement d’années de harcèlement incessant et de procédures injustes visant à faire taire l’une des dernières voix médiatiques indépendantes du pays.
Ce procès survient quelques semaines après l’arrestation de l’équipe de journalistes spécialisés dans la vérification des faits d’une autre plateforme internet, Matsadaash, accusé de diffuseur de « fausses informations » et de liens avec les Frères musulmans. Ces accusations sont fréquemment portées contre les médias perçus comme critiques à l’égard du gouvernement.
Il s’agit de la sixième affaire visant Lina Attalah et Mada Masr en six ans, mais aucune n’avait jusque-là abouti à un procès. « Si l’Égypte peut placer en détention l’une de ses rédactrices en chef les plus respectées et fermer sa rédaction, aucun journaliste indépendant n’est en sécurité dans ce pays », a averti Sara Qudah, directrice régionale du Comité pour la protection des journalistes.
En Égypte, 26 journalistes sont actuellement en détention en raison de leur travail, selon un décompte de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne. Lina Attalah doit être libérée immédiatement, et Mada Masr doit pouvoir continuer à faire son travail, selon Sara Qudah.
La répression de la liberté de la presse en Égypte est régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits humains. Les autorités égyptiennes doivent garantir la liberté de la presse et permettre aux journalistes de travailler librement, sans crainte de représailles.
Key points
- Lina Attalah, directrice de Mada Masr, a été arrêtée après une condamnation à une amende pour exploitation sans licence.
- La décision du tribunal a suscité de vives critiques de la part des organisations de défense des droits humains.
- 26 journalistes sont actuellement en détention en Égypte en raison de leur travail.