À Bouaké, en Côte d'Ivoire, un phénomène inquiétant prend de l'ampleur. Malgré l'interdiction des sachets plastiques, des unités de production d'eau en sachets prolifèrent. Ces unités, souvent clandestines, utilisent l'eau du robinet qu'elles transforment et vendent sous l'appellation trompeuse d'« eau de source » ou « eau pure ». Cette pratique non seulement trompe le consommateur sur la qualité du produit, mais également sur la quantité réelle contenue dans chaque sachet.
Le commerce de cette eau illicite se fait ouvertement dans tous les quartiers de Bouaké. Les vendeurs utilisent des tricycles, des marchés et des carrefours pour écouler leur produit. Le sachet d'eau est vendu au détail à 25 francs CFA, avec la mention « 500 ml » qui cache une double tromperie. D'abord, sur la qualité, car la quasi-totalité des unités utilise l'eau du robinet. Ensuite, sur la quantité, car aucun contrôle n'est effectué pour vérifier si le sachet contient réellement 500 ml.
Les producteurs de cette eau illicite opèrent dans des locaux de fortune, équipés de machines semi-artisanales. L'eau du robinet est mise en sachets et vendue à grande échelle, sans traitement ni respect des normes d'hygiène. Les consommateurs pensent acheter de l'eau minérale ou traitée alors qu'ils consomment de l'eau du réseau public, à un volume incertain, revendue au prix fort. Cette pratique constitue également un manque à gagner considérable pour la Société de Distribution d'Eau de Côte d'Ivoire (SODECI).
L'arnaque a des implications graves sur la santé publique. Les conditions de production, de conservation et de transport laissent à désirer. Les sachets plastiques, exposés au soleil pendant des heures sur les tricycles, libèrent des particules nocives pour l'organisme. Ainsi, la SODECI est pillée, l'État perd des taxes, et le consommateur est trompé et mis en danger.
Cette chaîne de l'informel profite à plusieurs acteurs, mais personne ne paie réellement pour l'eau détournée. Le propriétaire de la machine artisanale, le distributeur en tricycle, le revendeur au carrefour, tous gagnent de l'argent sans contribuer aux caisses de l'État. Il devient urgent d'interpeller les responsables, notamment la SODECI, le Ministère du Commerce, la mairie de Bouaké et l'Office National de l'Eau Potable (ONEP).
Des actions concrètes s'imposent pour mettre fin à cette arnaque. La SODECI doit identifier ses gros consommateurs domestiques, le Ministère du Commerce doit fermer ces usines clandestines, et la mairie de Bouaké doit assainir les marchés. L'ONEP doit également clarifier qui a le droit de vendre de l'eau. Tant que ces actions ne seront pas entreprises, le robinet de la SODECI continuera de couler directement dans les poches de l'informel.
La situation à Bouaké révèle un défi majeur pour les autorités ivoiriennes en matière de régulation et de protection de la santé publique. La vente illicite d'eau du robinet sous couvert d'eau de source est une arnaque à ciel ouvert qui nécessite une réponse ferme et coordonnée de toutes les parties prenantes.
Key points
- La ville de Bouaké est confrontée à une arnaque massive impliquant la vente d'eau du robinet empaquetée et vendue comme eau de source.
- Cette pratique trompe le consommateur sur la qualité et la quantité réelle du produit et constitue un manque à gagner pour la SODECI.
- La situation nécessite une intervention urgente des autorités pour protéger la santé publique et réguler la vente d'eau.