L'intelligence artificielle est en train de devenir l'une des industries les plus matérielles, les plus capitalistiques et les plus énergivores de notre époque. Il faut des data centers, des semi-conducteurs, des réseaux électriques, des systèmes de refroidissement, des terrains, des milliards de dollars de financement et surtout une énergie abondante. La compétition mondiale ne se joue plus seulement entre les géants de la technologie, mais se déplace progressivement vers les pays capables de fournir quatre ressources essentielles : du capital, de l'électricité, des infrastructures et des compétences.
La révolution de l'intelligence artificielle accélère au moment précis où son financement devient plus difficile en raison de trois tensions qui se superposent : une énergie chère, des taux longs élevés et une explosion des besoins d'investissement liés à l'intelligence artificielle. La question devient alors beaucoup plus politique et économique : qui pourra se permettre l'IA ? Pour la Tunisie, le sujet mérite d'être posé rapidement, car il faudra aussi réfléchir à l'énergie, aux infrastructures numériques, au financement et aux niches dans lesquelles le pays peut devenir compétitif.
La Tunisie n'a probablement pas vocation à construire les plus grands modèles d'IA du monde, mais elle peut développer des services spécialisés, des logiciels métiers, des capacités de traitement régionales, des compétences exportables et, pourquoi pas, certaines infrastructures alimentées par les énergies renouvelables. À condition de comprendre une chose essentielle : la prochaine révolution numérique ne sera pas gagnée uniquement par ceux qui maîtrisent les algorithmes, mais par ceux qui pourront payer les machines, alimenter les serveurs et construire les infrastructures.
Le développement de l'intelligence artificielle devient un enjeu économique et énergétique, car l'IA nécessite des investissements massifs dans les data centers, les semi-conducteurs, les réseaux électriques et l'énergie. Sa croissance dépend donc autant du capital et des infrastructures que des progrès technologiques. Les pays capables de fournir les ressources nécessaires seront les leaders de cette nouvelle économie.
La Banque Maghrébine d'Investissement – BMICE, qui a récemment célébré ses 10 ans, a accordé 100 millions de dollars de prêts et vise un objectif de +50 % d'ici 2030. Cette banque pourrait jouer un rôle important dans le financement des projets liés à l'intelligence artificielle en Tunisie. Les initiatives de financement et les investissements dans les infrastructures seront cruciaux pour le développement de l'IA dans le pays.
Selon les données, il existe 791 initiatives de sociétés communautaires en Tunisie, mais seulement 60 sont actives. Il est important de renforcer l'écosystème des startups et des entreprises pour que la Tunisie puisse occuper une place dans la nouvelle économie de l'intelligence artificielle. La formation et l'adoption de l'IA sont nécessaires, mais ne suffiront pas.
La Tunisie doit rapidement poser la question de son positionnement dans la nouvelle économie de l'intelligence artificielle. Les défis liés à l'énergie, aux infrastructures numériques, au financement et aux niches devront être relevés pour que le pays puisse devenir compétitif. La nouvelle géographie économique mondiale se dessine déjà, et la Tunisie doit être prête à y jouer un rôle.
Key points
- La Tunisie doit réfléchir à l'énergie, aux infrastructures numériques, au financement et aux niches pour occuper une place dans la nouvelle économie de l'intelligence artificielle.