Dans la préfecture de Zio, située à une trentaine de kilomètres de Lomé, les difficultés de cohabitation entre agriculteurs et éleveurs sont une réalité. La transhumance contribue aux activités d’élevage et aux moyens de subsistance de nombreuses familles, mais les déplacements des troupeaux peuvent provoquer des tensions lorsqu’ils occasionnent des dégâts dans les exploitations agricoles ou que les couloirs de passage ne sont pas respectés. Les conséquences de ces conflits dépassent la destruction des cultures.

Les pertes compromettent les revenus du ménage, fragilisent les moyens de subsistance et soulèvent des questions de sécurité et d’accès à la réparation pour les agricultrices. À Assomé, dans la commune de Zio 1, comme à Bolou, dans celle de Zio 2, les témoignages recueillis mettent en lumière les difficultés rencontrées par les femmes pour protéger leurs activités agricoles et faire valoir leurs droits. Les femmes agricultrices affirment redouter les réactions de certains bouviers.

Dame Sossi, une agricultrice à Assomé, est veuve et mère de cinq enfants. Elle dépend en partie de ses activités agricoles pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais son activité est régulièrement menacée par l’intrusion de troupeaux dans ses parcelles en son absence. Les derniers incidents qu’elle rapporte remontent à août 2025 et à juillet 2026. Des bœufs ont ravagé ses cultures sur une superficie d’environ 1 000 m².

Les pertes ne se limitent pas à la valeur des récoltes pour dame Sossi. Elles compromettent également le remboursement des emprunts contractés pour financer les activités agricoles et la couverture des dépenses quotidiennes, notamment celles liées à la scolarité des enfants. Ses deux filles aînées n’ont pas pu effectuer leur rentrée scolaire faute de moyens financiers.

Jules Biem, agronome et assistant de projet à INADES-Formation Togo, confirme que certaines femmes financent leurs activités agricoles à crédit. Lorsque leurs cultures sont détruites, les engagements financiers demeurent, alors même que les revenus attendus ne sont plus au rendez-vous. À Bolou, les difficultés prennent également une autre forme : celle de l’accès à l’eau.

Hélène Abra Adehenou, présidente du groupement agricole Novissi, rapporte que, lorsque l’approvisionnement en eau fait défaut dans les habitations, des troupeaux et des habitants peuvent être amenés à utiliser les mêmes points d’eau. Cette situation soulève des préoccupations relatives aux conditions d’accès à cette ressource essentielle, à la dignité des personnes ainsi qu’aux risques sanitaires et d’hygiène.

Les femmes victimes de destructions de cultures disent avoir perdu confiance dans les mécanismes locaux de règlement des différends. Elles mettent en cause le conseil du village, le Comité villageois de développement (CVD) et la police, qu’elles soupçonnent de partialité, voire de corruption au profit de certains propriétaires de troupeaux.

Key points

  • Les conflits liés à la transhumance révèlent les obstacles auxquels les femmes rurales se heurtent pour protéger leurs terres et défendre leurs droits.

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SaharaWire Newsroom
SaharaWire

Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.