Si le philosophe allemand Arthur Schopenhauer vivait aujourd'hui, il verrait dans notre modernité une machine à fabriquer l’insatisfaction. Selon lui, l’existence humaine est travaillée par un vouloir insatiable, une poussée obscure qui nous fait désirer sans fin. Notre époque, avec ses promesses de confort, de vitesse et de jouissance immédiate, lui apparaîtrait comme l’expansion technique d’une misère intérieure ancienne.

Schopenhauer dirait probablement que nous avons perfectionné les moyens, mais pas élevé les fins ; que nous avons multiplié les objets du désir, mais non diminué la souffrance. Il regarderait notre culte de la consommation avec une ironie froide, voyant dans les vitrines infinies du commerce moderne et les plateformes numériques la forme la plus raffinée du piège universel. Pour lui, acheter davantage n’a jamais signifié vivre mieux.

Les réseaux sociaux retiendraient particulièrement son attention, où il verrait une scène idéale pour observer les ravages de la vanité. Il dirait sûrement que l’homme moderne ne veut plus seulement vivre : il veut être vu vivant, admiré vivant, envié vivant. Il ne souffre pas seulement de ce qu’il est, mais de ce qu’il craint de paraître aux yeux des autres.

Schopenhauer ne serait pas davantage séduit par l’optimisme officiel qui accompagne souvent le discours sur le progrès. Car il se méfiait profondément de l’idée selon laquelle l’histoire avancerait nécessairement vers le mieux. Il conclurait que la civilisation moderne est devenue prodigieusement efficace pour masquer à elle-même sa propre violence.

Schopenhauer reconnaîtrait aussi dans notre temps une fatigue qui lui donnerait raison. Burnout, anxiété diffuse, dépression, saturation mentale, sensation de vide malgré l’abondance : tout cela lui semblerait moins relever d’accidents individuels que d’une structure générale de l’existence moderne. Nous vivons dans l’injonction permanente à réussir, à produire, à optimiser notre temps, notre corps, notre carrière.

La manière dont nous avons marchandisé la parole publique retiendrait également son attention. Le débat contemporain, surtout lorsqu’il se déploie dans les médias rapides et les univers numériques, n’est plus orienté vers la vérité, mais vers l’impact, le réflexe, la domination symbolique. Cela lui rappellerait précisément ces mécanismes de dispute qu’il avait si bien décrits.

Pourtant, il serait trop simple de faire de Schopenhauer un simple accusateur grincheux du présent. Car son œuvre n’est pas seulement une dénonciation ; elle contient aussi des voies de desserrement, des manières de respirer hors de la servitude du désir. Dans notre monde saturé de bruit, il recommanderait sans doute d’abord l’art comme suspension du vouloir.

Key points

  • Selon Schopenhauer, l’existence humaine est travaillée par un vouloir insatiable.
  • La civilisation moderne est devenue prodigieusement efficace pour masquer à elle-même sa propre violence.
  • Schopenhauer recommanderait l’art comme suspension du vouloir.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.