Le 3 octobre 2022, l'armée fédérale éthiopienne est entrée dans Mekele, la capitale régionale du Tigré, après que les combattants du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) aient quitté la ville sans opposer de résistance. Cette reprise est considérée comme une victoire pour les hommes du Premier ministre Abiy Ahmed, mais elle pourrait n'être qu'un nouvel épisode d'un conflit où chaque victoire ajoute une allumette à un baril de poudre.
Les forces tigréennes pourraient avoir choisi le repli tactique plutôt que la confrontation frontale, avec la possibilité de poursuivre le combat sous d'autres formes. En juin 2021, les forces tigréennes avaient spectaculairement repris Mekele après le retrait des troupes fédérales. Cela montre que la reprise de la ville ne signifie pas nécessairement la fin de la guerre.
La situation est d'autant plus explosive et inquiétante que le conflit éthiopien ressemble de moins en moins à une simple querelle de famille et de plus en plus à une marmite régionale autour de laquelle plusieurs mains viennent régler leurs propres comptes. Addis-Abeba accuse l'Erythrée, l'Egypte et le Soudan de soutenir ses adversaires, accusations formellement rejetées par les pays mis en cause.
Le retournement serait spectaculaire, notamment dans le cas de l'Erythrée, dont les forces avaient combattu aux côtés de l'armée fédérale éthiopienne durant la guerre de 2020 à 2022. Hier alliés, aujourd'hui à couteaux tirés : dans la Corne de l'Afrique, les alliances semblent avoir la durée de vie des intérêts qui les ont fait naître.
Le risque est grand de voir le Tigré devenir le trou noir de la Corne de l'Afrique, aspirant progressivement l'Ethiopie et ses voisins dans une guerre sans vainqueur et sans calendrier de sortie. Le vrai danger est donc de voir les puissances voisines s'inviter davantage dans le conflit pour poursuivre leurs propres intérêts, en jouant malheureusement avec le sang des Tigréens.
Le pape François a appelé les protagonistes à privilégier le dialogue, tandis que les Etats-Unis exhortent également les parties à la retenue. L'Union africaine s'inquiète, elle aussi, de l'escalade régionale. Mais tous ces appels risquent de rester des sermons dans le désert si les principaux protagonistes continuent de croire qu'une victoire militaire leur donnera ce que plusieurs années de guerre n'ont jamais réussi à leur offrir : une paix durable.
Le gouvernement éthiopien, qui considère les Tigréens comme des Ethiopiens à part entière, ne doit surtout pas prendre l'écho des bottes de ses soldats triomphants dans les rues de Mekele, pour le bruit de la paix. Car, le silence des armes dans une ville ne signifie pas nécessairement la fin de la guerre. Addis-Abeba doit donc s'engager résolument sur la voie du dialogue afin d'éviter l'enlisement.
Key points
- L'armée fédérale éthiopienne a repris le contrôle de Mekele, la capitale régionale du Tigré.
- Le conflit éthiopien pourrait s'étendre à d'autres pays de la région.
- Les appels à la retenue et au dialogue viennent principalement de l'extérieur.