Une enquête publiée récemment par le média américain indépendant Drop Site News a révélé une coopération clandestine entre les Émirats arabes unis et les Houthis, soutenus par l’Iran. Selon quatre sources informées du dossier citées par ce média, Abou Dhabi a transmis des renseignements aux rebelles yéménites afin de faciliter leurs opérations contre les forces soutenues par Riyad. Cette coopération a permis aux Houthis de cibler certaines positions de leurs adversaires.

Les Émirats arabes unis ont également soutenu des forces yéménites alignées sur eux, qui ont participé au ciblage de positions adverses. Un responsable américain a demandé à Abou Dhabi de mettre fin à cette coopération, mais les Émirats semblent avoir poursuivi leur soutien aux Houthis. Cette révélation éclaire les divergences croissantes entre Riyad et Abou Dhabi sur l’avenir du Yémen. Les deux pays ont des visions différentes pour l’avenir de ce pays en proie à une guerre civile depuis 2015.

Depuis 2017, les Émirats soutiennent le Conseil de transition du Sud (STC), qui revendique le rétablissement de l’ancien État sud-yéménite, indépendant jusqu’à sa réunification avec le Nord en 1990. Cette politique a fragmenté le camp anti-Houthis et affaibli le gouvernement reconnu internationalement. Les Émirats cherchent à contrôler des positions stratégiques sur le golfe d’Aden et le détroit de Bab el-Mandeb, mais aussi à peser sur les infrastructures portuaires.

Les Émirats arabes unis cherchent également à contenir le parti Islah, considéré comme proche des Frères musulmans, et à limiter l’influence saoudienne au Yémen. Les deux monarchies divergent désormais sur les alliances locales, le contrôle territorial et l’organisation des équilibres régionaux. Cette divergence est également visible dans d’autres pays de la région, notamment au Soudan, où les Émirats soutiennent les Forces de soutien rapide (FSR).

Les Émirats ont fourni des livraisons d’armes, des moyens logistiques, des financements et ont recruté des combattants étrangers pour soutenir les FSR. Ce soutien contribue à la fragmentation territoriale et institutionnelle du Soudan, notamment avec la consolidation d’une administration parallèle dans les territoires contrôlés par les FSR. Les Émirats ont également consolidé leur présence économique et sécuritaire au Somaliland.

Au Somaliland, les Émirats ont établi un partenariat autour du port de Berbera, exploité par DP World, qui s’accompagne d’aménagements aéroportuaires et militaires susceptibles d’accueillir des forces émiraties, américaines et israéliennes. Cette présence illustre la stratégie des Émirats qui consiste à s’appuyer sur des acteurs locaux autonomes pour contrôler des territoires, sécuriser des infrastructures et accéder aux ressources stratégiques.

Les développements au Yémen, au Soudan, au Somaliland et en Libye illustrent la politique des Émirats arabes unis dans la région. Les Émirats semblent poursuivre une stratégie de prédation et de chaos pour prospérer. Les réactions à cette stratégie restent mitigées dans les pays concernés, mais il est clair que les Émirats arabes unis jouent un rôle de plus en plus important dans les équilibres régionaux.

Key points

  • Les Émirats arabes unis ont transmis des renseignements aux rebelles yéménites Houthis pour faciliter leurs opérations contre les forces soutenues par Riyad.
  • Les Émirats soutiennent le Conseil de transition du Sud (STC) au Yémen, qui revendique le rétablissement de l’ancien État sud-yéménite.
  • Les Émirats arabes unis poursuivent une stratégie de prédation et de chaos pour prospérer dans la région.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.