La récente tension sur le dirham relance le débat sur la politique monétaire et le régime de change au Maroc. La question est de savoir si le pays est prêt à accompagner la transformation de son économie dans les prochaines années. Le régime de change actuel, mis en place depuis avril 2015, est basé sur un panier de devises composé de 60% d'euro et de 40% de dollar américain. Ce système a fourni une stabilité monétaire mais a également des limites.

Les importations marocaines ont atteint 617,5 milliards de dirhams à fin août 2026, contre 334,9 milliards d'exportations, entraînant un déficit commercial de 282,6 milliards de dirhams. Les importations ont progressé de 15,8% tandis que les exportations n'ont augmenté que de 8,7%. Cette situation met en lumière la nécessité de réinterroger la réforme du régime de change pour accompagner les besoins en devises de l'économie.

Le Maroc a engagé une réforme monétaire progressive depuis 2018. La première étape a consisté à élargir la bande de fluctuation du dirham de ±0,3% à ±2,5% autour du cours central. Cette réforme a permis de donner davantage d'espace au marché dans la détermination du cours quotidien tout en maintenant un encadrement étroit de Bank Al-Maghrib.

En 2020, la bande de fluctuation a été élargie à ±5% autour du cours central. Cette deuxième étape a poursuivi la logique d'accroître graduellement le rôle du marché tout en conservant un dispositif institutionnel permettant à Bank Al-Maghrib de préserver la stabilité monétaire.

La réflexion monétaire a continué d'évoluer depuis 2020. La question n'est plus simplement de savoir s'il faut élargir la bande de fluctuation mais plutôt de savoir si l'économie marocaine est prête à absorber une plus grande volatilité de sa monnaie. La prochaine étape pourrait être davantage qualitative que quantitative.

Une monnaie plus flexible peut absorber une partie des chocs extérieurs et permettre au taux de change de jouer son rôle de ajustement. Cependant, cela nécessite que l'économie dispose d'une capacité suffisante pour absorber la volatilité supplémentaire. Le débat marocain doit donc être approfondi pour déterminer les conditions dans lesquelles une plus grande flexibilité du dirham pourrait être bénéfique.

Les déséquilibres de 2026 modifient les termes du débat sur la réforme du change. Les importations ont augmenté de 84,3 milliards de dirhams tandis que les exportations supplémentaires n'ont représenté qu'environ 26,9 milliards. Le différentiel dépasse ainsi 57 milliards de dirhams en une seule année. La question est maintenant de savoir comment le Maroc peut accompagner cette évolution pour assurer la stabilité monétaire et économique.

Key points

  • Le Maroc doit évaluer sa capacité à absorber une plus grande volatilité de sa monnaie avant de poursuivre la réforme du régime de change.
  • La réforme du régime de change doit être progressive et prendre en compte les conditions économiques du pays.
  • La stabilité monétaire et économique du Maroc dépend de la capacité à gérer les déséquilibres extérieurs et à assurer une croissance économique durable.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.