La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies s’est récemment refermée. Pourtant, des États-Unis au Sahel, des frontières de l’Europe aux townships sud-africains, l’ordre né en 1945 vacille. Des voix s'élèvent pour réformer l'ONU et y faire entendre la voix de l'Afrique. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le multilatéralisme, la démocratie et l’État de droit n’ont jamais été aussi menacés.
Le nouvel ordre qui se dessine sous la dictée des États-Unis inquiète plus qu’il ne rassure. Qu’un président américain place les intérêts de son pays en avant est légitime. Mais l’on est en droit d’attendre davantage de responsabilité de celui qui préside aux destinées de la première puissance mondiale, garante de la paix et de la sécurité internationales. L’activisme de Donald Trump en faveur de la paix semblait correspondre à la vocation que les pères fondateurs assignaient aux États-Unis.
L'ONU n'a pas échappé au jeu d'influence des groupes d’intérêts ; elle s’est progressivement éloignée de l’universalité qui devait la caractériser. Les États-Unis assument près de 22 % du budget ordinaire, et cinq membres permanents détiennent un droit de veto au Conseil de sécurité. Réunis autour de la table, ceux qui paient le plus et ceux qui peuvent tout bloquer imposent leur vision.
Les pays africains peinent à se faire entendre, alors que leurs 54 États forment le premier bloc régional d’une Assemblée générale de 193 membres. Cette année, deux textes historiques ont été adoptés à l’initiative de pays africains. Le 25 mars, la résolution du Ghana reconnaissant la traite transatlantique comme « le crime le plus grave contre l’humanité » a recueilli 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions.
Les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) subissent depuis plus de dix ans des attaques terroristes sans solidarité internationale à la hauteur. Le HCR dénombre environ 4 millions de déplacés au Sahel central, deux fois plus qu’il y a cinq ans. Les représentants du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont dénoncé l’instrumentalisation du terrorisme comme outil de politique étrangère.
La menace terroriste n'ayant pas de frontières, il est souhaitable que les grandes puissances fassent preuve de volonté en soutenant une résolution ouvrant une enquête internationale sur le financement du terrorisme au Sahel. Le risque d’un veto est réel ; il serait, à lui seul, révélateur. Les pays de l’AES annoncent leur retrait de la Cour pénale internationale.
Dignité humaine : retrouver un code commun est urgent. Les images de migrants expulsés des États-Unis dans des conditions inhumaines rappellent le souvenir douloureux de l’esclavage. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 est bafouée. La Charte de Kouroukan Fouga (1236) faisait déjà du respect de la dignité humaine le fondement de toute société.
Key points
- L'Afrique plaide pour une réforme de l'ONU.
- Les pays du Sahel dénoncent l'instrumentalisation du terrorisme.
- La crise migratoire met à mal la dignité humaine.