L'intelligence artificielle commence à jouer un rôle important dans l'écriture de manuscrits au Gabon. Cette technologie, souvent appelée "plume artificielle", promet d'être plus rapide, moins chère et jamais en panne d'inspiration. Cependant, certains estiment que derrière cette promesse de démocratiser l'écriture, c'est l'âme même de la littérature qui est menacée.
L'écriture était autrefois un acte de solitude où l'auteur devait faire preuve de créativité et d'imagination. Aujourd'hui, avec l'intelligence artificielle, il suffit de donner un ordre, appelé "prompt", pour obtenir un texte. Par exemple, en demandant à la machine d'écrire un roman d'amour qui se passe à Libreville, à la manière d'un auteur célèbre, elle peut livrer 300 pages en seulement 30 secondes.
Cependant, la question est de savoir si cette rapidité et cette facilité peuvent remplacer la créativité et l'originalité d'un écrivain. Selon certains, la machine ne crée pas, elle compile et recrache une moyenne statistique en s'appuyant sur des millions de livres qu'elle a lus et digérés. Le résultat est des textes lisses, corrects, sans aspérité, sans maladresse et sans vérité.
Le pacte entre l'auteur et le lecteur repose sur un fait essentiel : l'authenticité. Lorsque l'on achète un roman, on achète le temps, la souffrance et les nuits blanches d'un écrivain. Si ce temps est remplacé par 20 secondes de calcul, c'est une escroquerie intellectuelle. On vole l'émotion du lecteur. De plus, l'intelligence artificielle ne cite pas ses sources et pille des milliers d'auteurs sans jamais les payer ni les nommer.
L'arrivée de l'intelligence artificielle dans l'écriture risque également de précariser toute une chaîne de professionnels. Pourquoi un éditeur paierait un correcteur ou un jeune auteur à 500 000 FCFA quand une intelligence artificielle lui fournit 10 manuscrits par jour pour 20 dollars d'abonnement ? Au Gabon, comme ailleurs, vivre de sa plume est déjà un combat, et l'intelligence artificielle risque d'achever les vocations.
L'intelligence artificielle crée également un climat de suspicion où plus personne ne croit plus personne. Un auteur au style trop fluide peut être accusé à tort par un détecteur défaillant d'être une machine. Le vrai écrivain doit désormais prouver qu'il n'est pas une machine, ce qui est absurde.
En conclusion, l'intelligence artificielle est un formidable outil pour résumer, corriger et traduire, mais elle ne doit jamais devenir l'auteur. La littérature n'est pas une question d'aligner des mots corrects, c'est une question de cicatrice, et jusqu'à preuve du contraire, les machines ne saignent pas.
Key points
- L'intelligence artificielle menace l'âme de la littérature.
- La machine ne crée pas, elle compile.
- L'intelligence artificielle précarise les professionnels de l'écriture.