Les femmes journalistes qui couvrent les conflits armés font face à une multiplication des menaces, du harcèlement en ligne et des violences sexistes, dans un contexte d’impunité quasi généralisée. C’est le constat dressé le 27 octobre 2026 au siège des Nations unies, lors d’un événement de haut niveau intitulé « Every Voice for Peace Counts », organisé par la Mission permanente de la Grèce auprès de l’ONU, en partenariat avec ONU Femmes et l’UNESCO.

La journaliste philippine Maria Ressa, lauréate du prix Nobel de la paix 2021, a livré un témoignage poignant sur les harcèlements dont elle a été victime. Elle a rappelé avoir reçu jusqu’à 90 messages de haine par heure au plus fort des campagnes de harcèlement. Elle a insisté sur le fait que la violence en ligne est une violence réelle, aujourd’hui amplifiée par l’intelligence artificielle, les deepfakes et les campagnes de harcèlement coordonnées.

Hamida Aman, fondatrice de Radio Begum en Afghanistan, a rappelé que le nombre de femmes journalistes dans son pays est passé d’environ 2 800 avant la prise de pouvoir des talibans à moins de 700 aujourd’hui. « Être autorisée à travailler ne signifie pas être libre de travailler », a-t-elle souligné. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les femmes journalistes sont essentielles pour couvrir les conflits et les processus de paix.

La journaliste colombienne Jineth Bedoya Lima, qui bénéficie toujours d’une protection armée plus de vingt ans après son enlèvement et son agression sexuelle, a présenté un projet de protocole visant à renforcer la sécurité des femmes journalistes au sein des rédactions. Ce projet vise à garantir une protection rapide aux journalistes menacées, notamment par des visas d’urgence, une aide juridique, une sécurité numérique et un soutien psychosocial.

Selon une étude d’ONU Femmes et de l’UNESCO, 75 % des femmes journalistes interrogées ont subi des violences en ligne. Parmi elles, 42 % établissent désormais un lien entre ces attaques et des agressions physiques ou sexuelles, contre 20 % en 2020. Ces chiffres montrent que la situation des femmes journalistes est de plus en plus préoccupante.

Les participantes à l’événement ont appelé à mettre fin à l’impunité en enquêtant rapidement sur les attaques, à reconnaître la violence en ligne comme une violence réelle et à garantir une protection rapide aux journalistes menacées. Elles ont également plaidé pour une responsabilisation des plateformes numériques et des entreprises d’intelligence artificielle, un financement durable du journalisme dirigé par des femmes et une inclusion systématique des femmes journalistes dans les processus de paix.

À l’approche de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, célébrée le 2 novembre, les participantes ont rappelé que l’absence de sécurité pour les femmes journalistes rend invisible une partie essentielle de la réalité des conflits. Nyaradzayi Gumbonzvanda, directrice exécutive adjointe d’ONU Femmes, a résumé la situation : « Quand les femmes journalistes sont réduites au silence, les femmes dont elles racontent les histoires le sont aussi ».

Key points

  • Les femmes journalistes qui couvrent les conflits armés font face à une multiplication des menaces, du harcèlement en ligne et des violences sexistes.
  • La violence en ligne est une violence réelle, aujourd’hui amplifiée par l’intelligence artificielle, les deepfakes et les campagnes de harcèlement coordonnées.
  • Les participantes ont appelé à mettre fin à l’impunité en enquêtant rapidement sur les attaques et à garantir une protection rapide aux journalistes menacées.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.