La Chine et les États-Unis ont décidé de prolonger leur trêve commerciale jusqu'au 10 janvier 2027. Cette décision a été prise après plusieurs épisodes de tension commerciale entre les deux grandes puissances. Les engagements pris par les deux pays peuvent-ils tenir, surtout quand on connaît le degré de rivalité entre eux ? Selon Dr. Serge Christian Alima Zoa, Internationaliste, Centre de recherche et d’études politiques et stratégiques (Creps) de l’Université de Yaoundé II-Soa, la Chine et les États-Unis ont intérêt à éviter que le conflit marchand ne déborde systématiquement sur tous les autres domaines de leur relation.
La trêve commerciale entre la Chine et les États-Unis est crédible comme mécanisme de gestion de crise, mais beaucoup moins comme prélude à la disparition de la rivalité stratégique. Trois éléments d’appréciation peuvent faire dérailler la trêve. Le premier est la politisation intérieure du commerce. Aux États-Unis comme en Chine, les dirigeants doivent tenir compte de leurs opinions publiques, de leurs entreprises et de leurs intérêts industriels. Le deuxième est le caractère transactionnel de la relation.
Les accords peuvent progresser sur un dossier et être remis en cause lorsqu'un autre cas devient prioritaire. A cet effet, certains analystes relèvent que Washington et Pékin abordent désormais certaines questions de manière très interpersonnelle. Le troisième est l'élargissement de la rivalité au domaine technologique et sécuritaire. Même si le commerce se stabilise, une crise pétaradante autour de Taïwan, des semi-conducteurs, de l'IA ou des chaînes d'approvisionnement pourrait rapidement contaminer les relations économiques.
Le scénario le plus plausible serait de coopérer sans se faire confiance. Dans ce postulat, il ne faudrait attendre ni une nouvelle guerre commerciale permanente, ni une véritable normalisation des relations, parce que le coût de la rupture est supérieur au bénéfice d'une confrontation perpétuelle. C’est pourquoi le prolongement de la trêve jusqu'au 10 janvier 2027 constitue précisément un mécanisme permettant de gagner du temps, tester les engagements et négocier sans revenir immédiatement à l'escalade.
La rivalité entre Pékin et Washington impacte l’économie mondiale. Que peut-on espérer de cette décrispation ? D’abord, une réduction de l’incertitude économique mondiale. La rivalité commerciale sino-américaine a une portée qui dépasse largement les deux pays. Lorsque Washington et Pékin augmentent les droits de douane ou menacent de nouvelles restrictions, les entreprises retardent leurs investissements, réorganisent leurs chaînes d'approvisionnement et répercutent une partie des coûts sur les consommateurs.
La prolongation de la trêve jusqu'en janvier crée donc un espace de prévisibilité supplémentaire. Le ministère chinois du Commerce souligne d'ailleurs que cette période doit offrir aux entreprises un environnement relativement stable. Ensuite, pour certains observateurs, une respiration pour le commerce international peut être discernée. Les réductions tarifaires envisagées concernent notamment des produits agricoles américains, des produits médicaux, du bois et certains produits de consommation chinois.
Cette décrispation peut surtout permettre de rétablir des mécanismes de dialogue. C'est peut-être son apport le plus important. Les deux puissances, sans se laisser embringuées dans leur rivalité, ont désormais intérêt à multiplier les canaux permettant de traiter séparément les dossiers commerciaux, technologiques, agricoles et, plus largement, les questions économiques. En annonçant à ce propos un dialogue spécifique sur l'intelligence artificielle et un canal de communication pour les incidents liés à l'IA, il devient possible de passer progressivement d'une logique de confrontation sans garde-fous à une logique de compétition administrée.
Key points
- La trêve commerciale sino-américaine prolongée jusqu'au 10 janvier 2027
- La rivalité commerciale sino-américaine impacte l’économie mondiale
- La décrispation des relations sino-américaines permet de rétablir des mécanismes de dialogue