La transmission des charges publiques au Sénégal a changé de visage ces dernières années. Les cérémonies de passation de service, autrefois actes purement administratifs, sont devenues des événements politiques où se mêlent allégeances partisanes, démonstrations de force militante et hommages appuyés. Selon le journal Sud Quotidien, ces cérémonies oscillent entre le spectacle d'adieux orchestré par le partant et la rencontre quasi-privée.

La personnalisation croissante de la vie politique sénégalaise est à l'origine de cette transformation. Les responsables sortants sont devenus objets de célébration, tandis que les nouveaux venus sont l'occasion de démonstrations d'enthousiasme. Les militants, proches, sympathisants et soutiens territoriaux s'agrègent autour de la cérémonie, transformant l'espace administratif en scène de représentation politique. La fonction, qui aurait dû s'effacer derrière l'institution, devient alors le prolongement d'une personnalité ou d'un réseau.

Les signes avant-coureurs de cette dérive ne sont pas récents. Sous la présidence d'Abdoulaye Wade, certaines mutations ministérielles provoquaient des réactions débordant largement le cadre administratif. Le cas de Thérèse Coumba Diop, nommée ministre de la Santé en 2009, en offre une illustration. Ses partisans de Joal-Fadiouth manifestèrent publiquement leur mécontentement lors de son départ pour le département des Biocarburants et de la Pisciculture.

Le président Macky Sall a tenté de mettre fin à ces dérives en 2014. Il demanda à son chef du protocole, Bruno Diatta, d'organiser un séminaire à l'intention des membres du gouvernement pour leur rappeler les usages, les coutumes et les convenances attachés à leurs fonctions. La démarche faisait suite à des incidents observés lors d'une passation entre Mbagnick Ndiaye et Matar Ba.

Malgré ces recommandations, le phénomène a ressurgi à plusieurs reprises. En 2017, la presse s'interrogeait sur la nécessité de "clore le folklore" qui accompagnait certaines passations. Des cérémonies prenaient l'allure de manifestations politiques, avec des militants et des sympathisants venus soutenir le sortant ou accueillir le nouvel occupant.

Le cas du ministère des Sports en 2022 illustre cette évolution. La passation entre Matar Ba et Yankhoba Diatara a pris une ampleur qui contrastait avec les consignes de sobriété formulées par le chef de l'État. Des militants s'étaient déplacés en nombre, certains venant de Thiès, tandis que le nouveau ministre était arrivé, escorté d'une dizaine de motards.

La passation à la tête de Dakar Dem Dikk qui s'est déroulée le 7 octobre dernier a dégénéré en une vive altercation, faisant rapidement monter la tension dans l'enceinte où devait s'opérer une simple transmission de responsabilités. Cet épisode montre jusqu'où peut conduire la personnalisation des fonctions lorsque les enjeux de pouvoir, les fidélités et les susceptibilités prennent le pas sur la dimension institutionnelle du rendez-vous.

Key points

  • La personnalisation de la vie politique sénégalaise est à l'origine de la transformation des cérémonies de passation de service en spectacles politiques.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.