Les récents hommages rendus à Sid Ahmed Agoumi, décédé en France et enterré à Alger, ont mis en lumière l'importance du théâtre algérien dans la lutte contre le colonialisme français. Les noms prestigieux liés au théâtre national sont revenus dans la mémoire des Algériens, notamment ceux qui ont accompagné le 4ème art dans son essor en Algérie en 1947. Le théâtre d'expression arabe a joué un rôle crucial dans la mobilisation des Algériens pour libérer le pays du colonialisme français.
Dans la période précédant le déclenchement de la Guerre de libération nationale en 1954, les partis politiques algériens et les organisations de jeunes utilisaient les activités culturelles et de loisirs pour diffuser leurs idées et élever le niveau de conscience de la population. Les artistes ont joué un rôle important en contournant les interdits et la censure pour faire passer des messages. Le pouvoir colonialiste ne sous-estimait pas la puissance du théâtre dans l'éducation et l'éveil des masses, et la surveillance des spectacles par la police française était constante.
Le haut fonctionnaire Pierre-René Gazagne était particulièrement vigilant dans ce domaine et a été dénoncé par Mohamed Dib pour ses actions contre les artistes. Mohamed Dib considérait que le théâtre était l'art qui créait le plus de solidarité entre les hommes, mais qu'il fallait pour cela que n'existent pas la censure de Gazagne et les sanctions à l'égard des artistes. Le théâtre algérien a ainsi joué un rôle crucial dans la lutte contre le colonialisme français.
À la fin des années 1940 et au début des années 1950, la "cause nationale" était présente dans les activités culturelles, les représentations théâtrales et les concerts de musique, grâce aux artistes-militants membres du MTLD. En 1951, le comité MTLD du quartier de Belcourt organisa une soirée où Hassan-el-Hassani et ses camarades triomphaient dans leurs sketches anti-colonialistes. Le théâtre algérien était ainsi au service de la cause nationale.
Mahieddine Bachtarzi, directeur du théâtre d'expression arabe à l'Opéra d'Alger, était membre du Comité de lutte contre la répression et pour la libération des détenus politiques. En août 1953, il fut l'invité d'honneur du Festival mondial de la jeunesse à Bucarest, où les spectacles de théâtre montés par Mesrah el Djazair mirent à nu les méfaits du colonialisme français en Algérie. Mesrah El Djazairi était une troupe animée par Mustapha Kateb.
Mustapha Kateb faisait des déclarations publiques contre la répression qui frappait les militants du mouvement national et participait aux campagnes pour la paix dans le monde. Il fut parmi les trois premiers "amis algériens" que Henri Alleg connut en débarquant à Alger en 1939. La troupe El Masrah El Djazairi se produisait souvent dans des soirées organisées par le PCA ou par l'UJDA.
Le théâtre algérien a une longue histoire, et sa naissance est liée à la musique andalouse qui était prépondérante à Alger entre 1920 et 1930. Les organisateurs décidèrent d'ajouter une partie théâtrale à leur programme musical, et c'est ainsi qu'est née la troupe dirigée par Allalou. La troupe Zahia Troupe présenta une grande comédie en trois actes, "Djeha", qui connut un succès triomphal.
Key points
- Le théâtre algérien a joué un rôle crucial dans la lutte contre le colonialisme français.
- Les artistes algériens ont utilisé le théâtre pour diffuser leurs idées et élever le niveau de conscience de la population.
- Le pouvoir colonialiste a surveillé de près les spectacles de théâtre pour éviter les messages subversifs.