L'utilisation croissante des outils numériques en Afrique a ouvert des portes extraordinaires pour l'autonomisation des femmes, mais elle s'est également accompagnée d'une menace invisible mais dévastatrice : la cyberviolence basée sur le genre et l'exploitation des données personnelles. Selon une évaluation des cybermenaces réalisée par INTERPOL en juin 2025, les infractions numériques représentent plus de 30 % des crimes signalés en Afrique de l'Ouest.
Les escroqueries en ligne, notamment le phishing, les ransomwares et les fraudes à la messagerie professionnelle, figurent parmi les menaces les plus fréquemment signalées dans la région. Un rapport publié par INTERPOL estime que l'intelligence artificielle est désormais impliquée dans 55 % des cybercrimes recensés en Afrique. L'organisation précise que ces technologies peuvent automatiser plusieurs étapes des attaques, de la collecte d'informations à l'hameçonnage et à l'extorsion.
Au Burkina Faso, le Ministère de la Transition Digitale, des Postes et des Communications Électroniques a mené un audit massif de 205 plateformes numériques publiques pour identifier les vulnérabilités de sécurité et protéger les données des citoyens connectés. L'audit a permis de placer 28 organismes publics sous surveillance renforcée. Cette démarche vise à identifier les plateformes connectées, détecter les vulnérabilités et renforcer la surveillance des organisations qui jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement du pays.
Les cyberviolences ne sont pas considérées comme des violences minimes, elles sont d'autant plus virulentes à l'endroit des femmes et s'inscrivent dans le continuum des violences sexistes et sexuelles subies dans la vie réelle et se prolongeant dans les espaces numériques. Une enquête menée par les associations féministes contre le cyberharcèlement, Point de Contact et #StopFisha, révèle que les cyberviolences frappent de manière systématique les femmes, les mineurs et les personnes exposées à des discriminations multiples.
L'enquête a recueilli 2 136 témoignages, dont 1209 victimes de cyberviolences sexistes et sexuelles. Il en ressort que 82 % de femmes et filles sont victimes de cyberviolences et que 87 % des victimes de diffusion non consentie de contenus intimes sont des femmes. L'utilisation de l'image reste une forte arme de violence, plus d'une victime sur quatre a vu des contenus sexuels ou intimes la concernant diffusés sans son accord.
Pour prévenir les cyberviolences, les sensibilisations en matière de cybersécurité se multiplient. Des passionnés et spécialistes de la question ont fait du numérique un allié et utilisent ce canal pour alerter et inviter les internautes à des comportements responsables. Balkiss OUEDRAOGO, spécialiste en sensibilisation à la cybersécurité, recommande d'avoir des mots de passe robustes, de recourir à la double authentification et de faire attention à la divulgation de données sensibles et personnelles.
La cybersécurité en Afrique de l'Ouest et au Sahel ne peut plus être reléguée au rang de simple défi technique réservé aux ingénieurs ou aux juristes. Face à une criminalité numérique de plus en plus affirmée et accentuée par l'essor de l'intelligence artificielle, il est important de s'approprier les bonnes pratiques pour utiliser de manière saine et sereine les canaux numériques. Les droits numériques et les questions de sécurité numérique sont des enjeux importants à cerner.
Key points
- Les cyberviolences et les fuites de données personnelles sont de plus en plus fréquentes en Afrique.
- L'intelligence artificielle est impliquée dans 55 % des cybercrimes recensés en Afrique.
- Les femmes et les filles sont les principales victimes de cyberviolences en Afrique.