L'Union européenne prévoit de renforcer sa coopération sécuritaire au Sahel en se concentrant principalement sur la Mauritanie et le Tchad. Cette initiative, baptisée « EUSDI Sahel », vise à lutter contre le terrorisme, à renforcer les capacités nationales et à maîtriser les migrations irrégulières. Cette nouvelle approche marque une étape importante dans la réorientation de la politique européenne en Afrique de l'Ouest, notamment après les coups d'État au Mali, au Niger et au Burkina Faso.

Les relations entre les pays du Sahel et les partenaires occidentaux se sont dégradées ces dernières années. Les accords de défense avec la France et les États-Unis ont été remis en cause, et les forces françaises ont quitté le Mali en 2022, puis le Niger et le Burkina Faso en 2023. La force européenne Takuba a également mis fin à ses opérations antijihadistes au Mali. Le G5 Sahel, créé pour promouvoir la coopération sécuritaire régionale, s'est désagrégé en raison de la marginalisation de l'Algérie par la France.

L'Union européenne doit désormais composer avec la présence croissante d'autres puissances au Sahel, notamment la Russie, la Chine et la Turquie. La Russie occupe une place importante dans la région, avec des effectifs militaires au Niger et au Burkina Faso. La Turquie a adopté une approche pragmatique, privilégiant la souveraineté des États partenaires et offrant des équipements militaires efficaces et une formation. La Chine se concentre sur la protection de ses intérêts économiques, en sécurisant des projets pétroliers et miniers.

Pour définir son approche au Sahel, Bruxelles compte s'inspirer de son initiative dans le golfe de Guinée, lancée le 11 décembre 2023. L'initiative européenne de sécurité et de défense (EUSDI) couvre la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin, et repose sur le conseil, la formation et l'assistance technique aux forces nationales. L'objectif est d'aider les États partenaires à contenir la progression des menaces venues du Sahel.

La Mauritanie présente plusieurs avantages pour cette stratégie, notamment sa position géographique au carrefour du Maghreb, de l'Atlantique et du Sahel occidental. Elle partage une longue frontière avec le Mali et occupe une position importante sur les routes migratoires vers les îles Canaries. Bruxelles pourrait s'appuyer sur la coopération existante avec la Mauritanie pour élargir ses relations au domaine sécuritaire.

Le Tchad occupe une position stratégique différente, situé entre la Libye, le Soudan, le bassin du lac Tchad et l'Afrique centrale. L'Union européenne y finance déjà plusieurs programmes, notamment un financement de 13,3 millions d'euros sur trois ans pour la stabilisation, le développement des perspectives économiques et l'amélioration de la gouvernance migratoire dans le nord du pays.

Cependant, cette stratégie se heurte à plusieurs limites, notamment la formation et l'équipement des forces nationales qui ne suffisent pas à assurer le contrôle de territoires aussi vastes. Les résultats dépendent également des capacités de renseignement, des moyens logistiques, des ressources publiques et de la présence effective de l'État. La coopération migratoire soulève également des difficultés, car le contrôle des frontières et la lutte contre les réseaux de passeurs ne règlent pas les causes des départs.

Key points

  • L'UE renforce sa coopération sécuritaire au Sahel via la Mauritanie et le Tchad.
  • La nouvelle initiative européenne, EUSDI Sahel, vise à lutter contre le terrorisme et à maîtriser les migrations irrégulières.
  • L'UE doit composer avec la présence croissante d'autres puissances au Sahel, notamment la Russie, la Chine et la Turquie.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.