L'Afrique est actuellement présente dans le développement de l'intelligence artificielle (IA) en tant que terrain d'expérimentation, pourvoyeuse de données et de marchés. Cependant, elle reste absente des espaces où se définissent les systèmes, leurs valeurs, leurs usages et leurs finalités. C'est cette absence qui est grave, selon Ndiaye Dia, fondateur de l'Institut des algorithmes du Sénégal.

Ndiaye Dia a expliqué que l'Afrique n'est pas absente de l'intelligence artificielle, mais elle y est présente de manière limitée. Elle n'est pas présente comme créateur de technologies de base, ni comme régulateur qui fixe les règles du jeu pour les autres, ni même comme adaptateur qui transforme des briques technologiques en solutions pour ses propres besoins.

Le spécialiste sénégalais a également déploré le fait que l'Afrique n'est pas présente dans la formule selon laquelle, en matière d'intelligence artificielle, "les États-Unis créent, la Chine imite, l'Europe régule". Cette assertion révèle que le continent africain n'a pas encore conquis de position dans la chaîne de valeur de l'IA.

Ndiaye Dia a mis en garde contre le risque que l'IA arrive en Afrique selon des logiques entièrement définies ailleurs, et que le continent se retrouve présent dans les usages mais absent dans la gouvernance, les bénéfices et les orientations stratégiques. Il a souligné que la question centrale n'est pas de savoir pourquoi l'Afrique n'innove-t-elle pas comme la Silicon Valley, mais plutôt de déterminer comment le continent entre-t-il dans cette révolution à des conditions qui lui sont favorables.

Les usages actuellement les plus répandus de l'IA en Afrique, tels que la génération de textes, la reformulation d'e-mails ou la création d'images, sont réels et utiles, mais ne représentent qu'une fraction très limitée de ce que cette technologie peut accomplir. Ndiaye Dia a comparé cet usage à prendre l'avion uniquement pour regarder par le hublot.

Les usages qu'il qualifie de "transformateurs" concernent notamment les entreprises, qui peuvent utiliser l'IA pour automatiser entièrement les processus de recouvrement des créances, prédire la demande afin d'optimiser les stocks, détecter des fraudes en temps réel dans les transactions. Dans les administrations, l'IA peut servir à instruire automatiquement des dossiers administratifs, notamment les permis de construire, les dossiers sociaux ou les licences d'exploitation.

Pour Ndiaye Dia, l'enjeu pour le continent consiste à passer de l'IA comme outil de productivité individuelle à l'IA comme levier de transformation de systèmes entiers. Il conclut que l'Afrique doit inventer, questionner et dompter l'IA pour l'adapter à ses réalités propres.

Key points

  • L'Afrique est présente dans le développement de l'intelligence artificielle comme terrain d'expérimentation et pourvoyeuse de données, mais reste absente des espaces où se définissent les systèmes.

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SaharaWire Newsroom
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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.