Le gouvernement chypriote a annoncé son intention de resserrer les conditions d'accès à son visa doré, un titre de séjour accordé en échange d'un investissement. Cette décision a été annoncée par le vice-ministre chargé des Migrations, Nicholas Ioannides, devant la commission d'audit de la Chambre des représentants. Environ 12 000 permis ont été délivrés depuis 2013, dont la validité est actuellement réexaminée dossier par dossier.
Le vice-ministre a indiqué que des décisions sont attendues prochainement sur le durcissement du dispositif. Il a déjà transmis ses propositions à ses homologues des autres départements ministériels concernés. L'un des points centraux du débat porte sur la destination des fonds injectés par les investisseurs étrangers. Jusqu'ici, ces capitaux étaient largement orientés vers la pierre, mais ils pourraient à l'avenir irriguer d'autres secteurs, tels que l'éducation, la défense et l'innovation.
Le maintien du programme de visa doré ne fait pas l'unanimité. Le député Odysseas Michaelides a dénoncé devant la commission sa contribution à la tension qui pèse sur le marché du logement chypriote. Les débats portaient sur un rapport spécial du Bureau d'audit consacré à la gestion migratoire. Ce document a mis au jour une anomalie de taille : près de 290 000 ressortissants de pays tiers entrés légalement sur le territoire figuraient dans les registres sans qu'aucune sortie n'ait été enregistrée à leur nom.
Le vice-ministre a relativisé ce constat, expliquant qu'une absence de trace ne signifie pas automatiquement un séjour irrégulier. Un nouveau système d'information, attendu pour mars, doit permettre de suivre chaque ressortissant étranger de son arrivée jusqu'à son départ. Les services migratoires chypriotes entament leur transformation numérique, avec la possibilité de renouveler cinq catégories de titres en ligne.
Le stock de demandes d'asile en attente est passé sous la barre des 12 500, contre environ 24 000 lors de la création du vice-ministère. Plus de 6 100 dossiers concernant des Syriens ont été retirés ou annulés depuis décembre 2024, et près de 5 500 personnes sont reparties. Le taux d'acceptation oscille actuellement entre 15 et 20 %. Les dépenses liées aux prestations migratoires ont également baissé.
Chypre mise sur la migration légale pour ses secteurs en tension. Avec un chômage inférieur à 5 % parmi les Chypriotes, l'île manque de bras. Le bâtiment, l'hôtellerie et les soins infirmiers cherchent du personnel, ce qui a conduit Nicosie à signer des accords bilatéraux avec l'Égypte et l'Inde pour un recrutement mieux ciblé. Environ 200 000 titres de séjour pour ressortissants de pays tiers sont aujourd'hui en cours de validité.
Le vice-ministre a conclu que "une migration légale, organisée et contrôlée fait partie de la solution". Il a plaidé pour des voies encadrées plutôt qu'un recours détourné au système d'asile. Chypre s'apprête à intégrer l'espace Schengen, ce qui impose un encadrement renforcé des titres de séjour. Les autorités chypriotes entendent ainsi contrôler les flux migratoires et répondre aux besoins de l'économie locale.
Key points
- Chypre durcit les règles pour son visa doré avant son entrée dans Schengen
- Le gouvernement chypriote veut encadrer les investissements étrangers
- La migration légale est mise en avant pour répondre aux besoins de l'économie locale