Un consortium d’organisations de la société civile centrafricaine a appelé à une journée ville morte dans la capitale, Bangui, pour dénoncer la hausse de 150 francs CFA du prix des produits pétroliers décidée par le gouvernement au début du mois. Cette décision a été annoncée le 1er octobre et a fait passer le prix des produits pétroliers à la pompe à un niveau que de nombreux Centrafricains jugent inabordable.

Les autorités avaient invoqué la crise mondiale du carburant et les difficultés de trésorerie de l’État pour légitimer cette augmentation. Cependant, sur le terrain, la mesure est vécue comme un coup dur supplémentaire pour des ménages déjà fragilisés par des années de crises économiques et sécuritaires. Les conducteurs de moto-taxis, qui assurent l’essentiel du transport urbain dans la capitale, figurent parmi les premières victimes de cette hausse.

La République centrafricaine traverse depuis plus d’une décennie une crise politique et sécuritaire profonde, marquée par des conflits armés, des déplacements massifs de populations et une économie largement informelle. Bangui, qui concentre une part importante de l’activité économique du pays, reste vulnérable aux chocs sur les prix des carburants, dont la distribution dépend en grande partie des importations et de la logistique régionale.

Dans ce contexte, toute augmentation des prix des produits de première nécessité ou des carburants se traduit rapidement par une hausse des coûts de transport et, en cascade, par une inflation sur les biens de consommation courante. La journée ville morte s’inscrit donc dans une tradition de mobilisation sociale, mais aussi dans un climat de défiance persistante entre une partie de la société civile et le pouvoir en place.

L’issue de cette journée de protestation reste incertaine. Si les organisateurs espèrent une forte mobilisation pour contraindre l’exécutif à revenir sur sa décision, le rejet de l’appel par le syndicat des moto-taxis, qui revendique environ 50 000 conducteurs, affaiblit considérablement la portée du mouvement. Le choix de ce syndicat de privilégier le dialogue avec les autorités plutôt que l’affrontement pourrait ouvrir la voie à des négociations sur des mesures d’accompagnement.

Le clivage le plus visible concerne les conducteurs de moto-taxis eux-mêmes. Certains conducteurs, comme Éric Pavel, expriment un soutien sans réserve à la journée ville morte, dénonçant une équation impossible : augmenter les tarifs pour faire face à la hausse des prix du carburant, ou travailler à perte. D’autres, comme Marcel Nzapayembi, président du syndicat des moto-taxis, rejettent fermement le mot d’ordre, estimant que la cessation de travail aurait des conséquences dramatiques pour les conducteurs et leurs familles.

L’exécutif centrafricain appelle, sans surprise, la population à vaquer librement à ses occupations, cherchant ainsi à minimiser l’impact de la protestation et à maintenir une apparence de normalité. Cette position illustre la volonté du gouvernement de ne pas céder à ce qu’il considère comme une pression sectorielle, alors même que la hausse des prix est présentée comme une nécessité budgétaire incontournable.

Key points

  • La journée ville morte est une réponse à la hausse de 150 francs CFA du prix des produits pétroliers décidée par le gouvernement centrafricain.
  • Le syndicat des moto-taxis a rejeté l’appel à la journée ville morte, privilégiant le dialogue avec les autorités.
  • L’issue de cette journée de protestation reste incertaine, avec des conséquences potentielles pour la stabilité sociale en Centrafrique.

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SaharaWire Newsroom
SaharaWire

Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.