Le chercheur en paix et sécurité, Babacar Ndiaye, a récemment mis en garde contre le potentiel de contagion inquiétant du "blanchiment" de coups d'État en Afrique. Selon lui, ce phénomène consiste à recycler le pouvoir conquis par la force pour lui donner une apparence de légitimité. M. Ndiaye a relevé que la fréquence des coups d'État en Afrique a connu un rebond inquiétant entre 2020 et 2025.
Le chercheur a théorisé pour la première fois le concept de "blanchiment de coup d'État" dans un article publié en septembre 2024 dans une revue de défense paraissant à Bruxelles, "The Defence Horizon Journal". Selon lui, la double anomalie relative à ce rebond de coup d'État réside dans la conjonction d'une fréquence accrue et d'un taux de réussite record. Sept tentatives de coups d'État réussies sur huit au total sur une période de cinq ans, alors que nous sommes restés une période de 30 ans où il y avait à peu près quatre coups d'État.
M. Ndiaye explique que le taux de réussite des coups d'État dans cette phase temporelle est presque exponentiel. De 50% à peu près avant, on est arrivé à des taux de 80% de réussite dans ces périodes, donc une fréquence plus forte, taux de réussite plus fort, et une fréquence plus rapide. Pour le chercheur, le coup d'État est devenu plus sophistiqué, donc plus durable. Sa concentration dans le temps et dans l'espace - un bloc de pays contigus, Mali, Burkina Faso, Guinée, Niger, Bénin et Guinée Bissau formant une chaîne territoriale ininterrompue - constitue une première depuis les indépendances des années 1960.
Le chercheur estime toutefois que ce qui a fondamentalement changé aujourd'hui, ce n'est pas seulement le chiffre, c'est la grammaire politique du coup d'État. Les juntes actuelles maîtrisent l'opinion publique, instrumentalisent le "sentiment antifrançais", et déjouent les mécanismes de pression internationale, avec une alliance stratégique avec des États aux régimes politiques illibéraux. M. Ndiaye signale que chaque coup d'État réussi fracture les cycles d'investissement, suspend les programmes sociaux, et envoie un signal aux armées voisines que la prise du pouvoir par la force est non seulement possible, mais aussi sans conséquence.
L'effet de contagion territoriale transforme ainsi un événement politique en risque systémique régional, selon M. Ndiaye. Il a rappelé une étude menée par deux chercheurs américains, Jonathan Powell et Clayton Thyne, ayant identifié plus de 200 tentatives de coup d'État en Afrique entre 1960 et 2020, dont 107 en Afrique de l'Ouest avec 50% de réussite. Le chercheur a également expliqué que le concept de "blanchiment de coup d'État" s'inspire directement du blanchiment de capitaux.
Selon M. Ndiaye, le processus de "blanchiment de coup d'État" se déroule en trois actes. D'abord, sous pression régionale et internationale, les putschistes s'engagent à remettre le pouvoir à des civils, après avoir prétendument "refondé" des institutions que leurs prédécesseurs violemment destitués auraient, à tort ou à raison, détruites. Ensuite, au terme d'une transition au calendrier délibérément glissant, ils troquent finalement leur tenue militaire contre un costume civil, invoquant une demande populaire généralement bien orchestrée.
Le chercheur a conclu que le "blanchiment de coup d'État" est un fléau politique dont le potentiel de contagion, déjà inquiétant, risque de saper durablement les fondements de l'architecture africaine de sécurité collective. Pour M. Ndiaye, il est essentiel de prendre des mesures pour prévenir ce phénomène et promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance en Afrique.
Key points
- Le chercheur Babacar Ndiaye met en garde contre le risque systémique régional du "blanchiment" de coups d'État en Afrique.
- Le phénomène de "blanchiment de coup d'État" consiste à recycler le pouvoir conquis par la force pour lui donner une apparence de légitimité.
- Le chercheur préconise des mesures pour prévenir ce phénomène et promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance en Afrique.