Le débat sur l'impact des vidéos courtes sur la cognition est vif, avec des études qui s'accumulent et des chiffres qui impressionnent. Cependant, la science reste plus prudente que les titres qui la relaient. L'expression "brain rot" (pourrissement du cerveau) a même été désignée mot de l'année 2024 par l'Oxford English Dictionary, après une hausse d'usage de 230 % en un an.
Une méta-analyse publiée sur la plateforme medRxiv et reprise par l'American Psychological Association a agrégé les données de 98 299 participants répartis dans 70 à 71 études distinctes. Son constat : une consommation élevée de vidéos courtes serait associée à une baisse des capacités d'attention et du contrôle inhibiteur. Selon cette même synthèse, l'âge ne protège personne, les adultes ne seraient pas moins vulnérables que les adolescents.
Les chercheurs pointent le fonctionnement même de l'algorithme de TikTok pour expliquer ce phénomène. Chaque vidéo apporte une gratification quasi immédiate, comparable à celle d'une machine à sous, où l'incertitude du contenu suivant entretient l'attente. Des données internes à TikTok révèlent qu'une habitude de défilement s'installerait après environ 260 vidéos visionnées, soit environ 35 minutes de scroll.
La peur de manquer quelque chose, ou FoMO, est également évoquée comme un facteur qui transformerait une habitude numérique banale en comportement compulsif. Selon les travaux relayés par l'association Addict Aide, cette dynamique serait associée à davantage d'erreurs d'inattention et de trous de mémoire dans la vie quotidienne.
Cependant, la prudence scientifique s'impose, notamment en ce qui concerne la causalité. Les chercheurs eux-mêmes soulèvent la question de savoir si la consommation de vidéos courtes cause réellement une détérioration cognitive ou si d'autres facteurs sont en jeu. Il reste possible que des personnes déjà sujettes à des troubles de l'attention ou à l'anxiété se tournent davantage vers ce type de contenu.
Les données convergent sur un point : un usage intensif et prolongé de vidéos courtes s'accompagne, dans la plupart des études disponibles, d'une baisse mesurable des performances attentionnelles et d'un fonctionnement dopaminergique modifié. Cependant, la science ne permet pas encore d'affirmer avec certitude l'ampleur exacte de cet effet à long terme.
Les chercheurs appellent à des travaux complémentaires, notamment longitudinaux, pour distinguer ce qui relève d'un effet réel du support de ce qui tient à d'autres facteurs, sociaux ou psychologiques, propres aux personnes les plus exposées. En attendant, il est difficile de conclure avec certitude si TikTok nous rend réellement "bête" ou non.
Key points
- Une consommation élevée de vidéos courtes serait associée à une baisse des capacités d'attention et du contrôle inhibiteur.