Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a été reconduit à l'unanimité lundi à la tête du gouvernement fédéral d'Éthiopie par la chambre basse du Parlement. Cette reconduction intervient alors qu'une source humanitaire et un témoin ont fait état de frappes sur un camp de déplacés ayant fait au moins huit morts au Tigré. La chambre basse du Parlement, contrôlée à 90% par le Parti de la Prospérité (PP) qu'il a fondé et dirige, a approuvé sa candidature à l'unanimité.
Les frappes sur le camp de déplacés au Tigré ont fait au moins huit morts et six blessés graves. Une source humanitaire a déclaré à l'AFP que les frappes ont eu lieu à Adi Abay, proche de la frontière érythréenne, à plus de 150 kilomètres au nord-ouest de Mekele. Un témoin a confirmé ce tir, faisant état de neuf morts, dont six membres d'une même famille. Les frappes éthiopiennes ont également touché la localité d'Adwa, à environ 100 km à vol d'oiseau au nord-ouest de Mekele.
Abiy Ahmed, Premier ministre depuis 2018, était le seul candidat à la tête du gouvernement fédéral d'Éthiopie. Dans une allocution à la tribune, il a appelé les groupes armés à sortir "des forêts" pour "participer aux mécanismes de paix". Il a également réitéré la nécessité pour son pays de 130 millions d'habitants, d'un accès à la mer Rouge, dont l'a privé l'indépendance, en 1993, de l'Érythrée.
La revendication de l'accès à la mer Rouge par Abiy Ahmed exacerbe les tensions avec l'Érythrée, qui l'accuse de lorgner son port d'Assab sur la mer Rouge. L'Érythrée a accusé l'Éthiopie de chercher à entraver son développement économique. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rétablies en 2018 après deux ans de guerre frontale meurtrière et suivie de 18 ans de rapports glaciaux.
Les banques, fermées depuis la reprise des hostilités, ont rouvert à Mekele, mais l'argent liquide n'était pas disponible aux guichets. Les transports publics fonctionnent, mais continuent de dépendre du carburant de contrebande, les stations services restant fermées faute d'approvisionnement, coupé depuis plusieurs mois par le gouvernement fédéral.
Le conflit dans le Nord éthiopien est cependant loin d'être terminé. Les forces fédérales ne contrôlent qu'une partie du Tigré et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a fait vœu de basculer vers la guérilla. Les observateurs craignent désormais une extension du conflit hors de l'Éthiopie, particulièrement en Érythrée, qui partage une longue frontière avec le Tigré au nord.
Le gouvernement fédéral et le TPLF se sont déjà affrontés entre 2020 et 2022 lors d'un conflit à grande échelle, extrêmement destructeur au Tigré. Il fut aussi l'un des plus meurtriers récemment dans le monde, faisant au moins 600 000 morts, selon l'Union africaine, estimation jugée basse par plusieurs observateurs. Un accord avait fait taire les armes fin 2022, mais plusieurs dispositions-clés n'ont jamais été mises en œuvre, alimentant les tensions.
Key points
- Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a été reconduit à l'unanimité à la tête du gouvernement fédéral d'Éthiopie.
- Des frappes sur un camp de déplacés au Tigré ont fait au moins huit morts.
- Le conflit dans le Nord éthiopien est loin d'être terminé, les forces fédérales ne contrôlant qu'une partie du Tigré.