Le roman "C'était ça ou mourir" de Thélyson Orélien, publié chez Grasset, ne figure plus dans la première sélection du prix Goncourt 2026. L'Académie Goncourt a justifié son retrait par des plagiats avérés dans des textes plus anciens de l'auteur et par des analyses jugées convergentes, selon lesquelles l'ouvrage serait "très largement le produit d'une intelligence artificielle". Cette décision suscite une vive polémique dans le monde littéraire.
Au Bénin, des professionnels du livre invitent à la nuance. Fernand Nouwligbèto, professeur de Lettres modernes, explique qu'il existe aujourd'hui "des possibilités pour identifier la part d'IA dans les documents littéraires". Des logiciels anti-plagiat et anti-IA sont désormais couramment utilisés pour authentifier les mémoires et thèses d'étudiants. Ces outils sont également utilisés pour vérifier l'authenticité du travail d'un écrivain.
L'écrivain Florent Couao-Zotti partage l'avis de Fernand Nouwligbèto. Mais il met en garde : "Quand on se réfugie derrière l'IA, on rentre dans la facilité". Selon lui, la responsabilité de l'auteur est engagée lorsqu'il utilise des outils d'intelligence artificielle pour écrire son ouvrage. Il estime également que la responsabilité de l'éditeur est engagée au même titre que celle de l'auteur.
Béatrice Lalinon Gbado, directrice des éditions Ruisseaux d'Afrique, applique une vigilance quotidienne. "Nous avons reçu des textes qui étaient trop bien cohérents que nous avons refusé d'éditer", confie-t-elle. Elle précise que les clauses contractuelles stipulent que l'auteur répond de son texte et garantit à l'éditeur que ce n'est pas le fruit d'un plagiat.
Cependant, la fiabilité des outils de détection interroge. Fernand Nouwligbèto s'interroge : "Est-ce que cette information a été suffisamment vérifiée ? Est-ce qu'il n'y a pas de contre-expertise à déclencher pour voir si véritablement les auteurs de cette vérification ne se sont pas trompés ?". Il rappelle un principe de prudence : "Toute technologie est un produit de l'esprit humain. Si l'esprit humain se trompe, la technologie peut se tromper aussi".
Les conséquences du retrait du roman de Thélyson Orélien de la course au prix Goncourt dépassent le seul auteur. Florent Couao-Zotti estime que "si les accusations sont avérées, c'est toute la chaîne qui s'effondre". Les libraires hésiteront à défendre l'ouvrage et l'éditeur verra sa crédibilité entamée.
Malgré la controverse, le livre de Thélyson Orélien connaît une demande croissante en librairie, au grand bonheur de son éditeur. Certains observateurs, comme Mohamed Lotfi, lauréat du prix Maufette, refusent de "tuer un livre sans jamais l'ouvrir au nom de la vertu, de la pureté". Le débat sur le recours à l'intelligence artificielle dans l'écriture littéraire est loin d'être clos.
Key points
- Le retrait du roman "C'était ça ou mourir" de Thélyson Orélien de la course au prix Goncourt suscite une vive polémique sur le recours à l'intelligence artificielle dans l'écriture littéraire.
- Des professionnels du livre au Bénin invitent à la nuance et soulignent l'importance de la prudence dans l'utilisation des outils d'intelligence artificielle.
- La fiabilité des outils de détection de plagiat et d'intelligence artificielle est remise en question.