Le troisième Sommet Russie-Afrique s'est achevé le jeudi 29 octobre 2026 à Moscou. Lors de cet événement, le président russe Vladimir Poutine a cité le capitaine Thomas Sankara, un leader burkinabè qui a marqué l'histoire de l'Afrique. Poutine a interrompu son intervention économique pour un détour historique marquant, en citant mot pour mot le discours prononcé le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba devant l'Organisation de l'unité africaine.
Les deux phrases citées par Poutine ont été prononcées par Sankara il y a 39 ans. La première phrase concerne la dette : «La dette, c'est encore le néocolonialisme, où les colonisateurs se sont transformés en assistants techniques. En fait, nous devrions dire qu'ils se sont transformés en assassins techniques». La seconde phrase est : «La dette, c'est une conquête savamment organisée de l'Afrique pour que sa croissance et son développement obéissent à des normes qui nous sont totalement étrangères, qui sont totalement contrôlées».
La citation de Sankara par Poutine a eu lieu devant les délégations de quarante-huit pays africains réunies au Gostiny Dvor de Moscou. La salle, où siégeaient notamment la délégation malienne conduite par le Général d'Armée Assimi Goïta et la délégation burkinabè menée par le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a observé un silence attentif. Cette démarche n'a rien d'une simple coquetterie mémorielle, mais revêt une portée hautement stratégique.
Selon les données du Fonds monétaire international, vingt-deux pays africains consacrent plus de 50% de leurs recettes budgétaires au service de la dette extérieure. Poutine a souligné que «la dette n'est pas un simple instrument financier, c'est un instrument de contrôle politique». Il a ajouté que lorsqu'un pays doit consacrer 60% de ses recettes à rembourser ses créanciers, sa souveraineté est étouffée.
Le président russe propose une alternative : l'annulation d'une partie de la dette africaine détenue par les institutions occidentales, qu'il qualifie de «dette odieuse», et sa conversion en investissements productifs via un nouveau fonds russo-africain. Il a rappelé l'effacement de 23 milliards de dollars de dettes africaines dues à la Russie, tout en proposant leur conversion en investissements productifs.
Le message de Poutine s'adresse directement au continent qui, selon la Banque Africaine de Développement, consacrera en 2026 plus de 90 milliards de dollars au service de la dette. Le Mali, premier producteur d'or en Afrique de l'Ouest, a longtemps incarné ce paradoxe sankariste : un sous-sol immensément riche pour une population restée pauvre. Aujourd'hui, avec le nouveau Code minier de 2023, la boucle est bouclée.
Le sommet a consacré une vision partagée : la dette et la mine constituent les deux faces d'une même bataille pour l'autodétermination et la dignité des peuples africains. Le ministre des Mines, le Professeur Amadou Keïta, a exposé les piliers de la nouvelle doctrine économique souveraine du Mali, qui inscrit ouvertement la souveraineté et la valorisation des capacités endogènes parmi ses orientations.
Key points
- Poutine cite Thomas Sankara au Sommet Russie-Afrique pour souligner la dette odieuse.