Le Professeur Jo M. Sekimonyo a réagi à la réponse de Belhar Mbuyi concernant les 100 milliards de dollars d’endettement de la République démocratique du Congo. Sekimonyo avait salué l'intervention de Mbuyi pour engager un dialogue sur la question. Cependant, après lecture de la réponse, il a regretté que Mbuyi n'ait pas apporté de rigueur à la discussion. Sekimonyo a plutôt constaté que Mbuyi avait éludé les questions essentielles.
Selon Sekimonyo, Mbuyi a attribué une position qui lui était commode à combattre, à savoir que la capacité d’endettement équivaut à un emprunt immédiat de 100 milliards de dollars. Sekimonyo affirme avoir pourtant précisé dans sa tribune initiale qu'il s'agissait d'un mea culpa. Mbuyi a déployé des distinctions entre stock de dette, capacité d'emprunt, maturités, taux d'intérêt, financements concessionnels et obligations souveraines. Sekimonyo considère ces distinctions comme recevables mais sans rapport avec la question posée.
Sekimonyo conteste l'argument de Mbuyi selon lequel la capacité d'endettement de la RDC serait d'environ 105 milliards de dollars à l'horizon 2035. Il estime que ce chiffre ne précise pas s'il s'agit d'un encours total, d'une marge supplémentaire d'emprunt ou d'un volume cumulé de financements. Sekimonyo souligne que les partenariats public-privé et les investissements directs étrangers ne sauraient être assimilés mécaniquement à de la dette souveraine. Il met en garde contre la confusion entre l'existence d'instruments financiers et la disponibilité des capitaux à l'échelle annoncée.
L'émission de l'Eurobond de 1,25 milliard de dollars en avril 2026 est considérée par Sekimonyo comme révélatrice de la modestie des références économiques de la RDC. Il s'étonne que le pays présente comme une prouesse sa capacité à emprunter cette somme sur les marchés internationaux à des rendements de 8,75 % et 9,5 %. Sekimonyo craint que la logique de mobilisation des fonds avant de déterminer les projets à financer ne conduise à improviser les priorités nationales.
Sekimonyo conteste également la projection de croissance du PIB de la RDC à 215 milliards de dollars en 2035, avec une pression fiscale de 17 % et des ressources budgétaires d'environ 40 milliards. Il estime que cette projection ne constitue ni une recette acquise ni une garantie de remboursement. La croissance annoncée suppose des transformations économiques dont les mécanismes restent insuffisamment établis, selon Sekimonyo.
Sekimonyo souligne que la croissance congolaise reste largement portée par l'exploitation et l'exportation des minerais. Il craint que les performances du cuivre et du cobalt ne permettent pas d'afficher des taux de croissance impressionnants sans garantir le développement des autres secteurs productifs. Les prix internationaux, les innovations technologiques et l'évolution de la demande échappent largement au contrôle du pays, selon Sekimonyo.
Sekimonyo met en garde contre les incertitudes qui pèsent sur l'économie congolaise, notamment la pandémie de COVID-19, les épidémies récurrentes d'Ebola et la résurgence du M23. Il estime que fonder l'avenir financier de la RDC sur une croissance suppose des transformations économiques dont les mécanismes restent insuffisamment établis.
Key points
- Le Professeur Jo M. Sekimonyo réagit à la réponse de Belhar Mbuyi sur les 100 milliards de dollars d’endettement de la RDC.