Les médias publics tunisiens, englobant la télévision, la radio nationale et l'Agence Tunis Afrique Presse (TAP), connaissent actuellement leur période la plus sombre. Selon des journalistes travaillant dans ces médias, la situation est pire que sous la présidence de Ben Ali. Après la révolution de 2011, ces médias ont bénéficié d'un accompagnement de formateurs locaux et étrangers pour se conformer aux normes de professionnalisme. Cependant, depuis le 25 juillet 2021, la tendance s'est inversée.
La décennie suivant la révolution de 2011 a été marquée par une ère de liberté de la presse en Tunisie. Les médias publics ont diffusé des critiques contre les présidents, ministres et hauts responsables de l'État. Le journal télévisé de la télévision publique accueillait des experts, dont l'actuel président de la République, pour critiquer librement les chefs d'État et les gouvernements. Mais cette tradition a été délaissée, laissant place à des agents dociles et zélés qui musèlent les voix discordantes.
Actuellement, les responsables des médias publics, nommés après 2021, ont fait leurs armes sous Ben Ali et n'ont pas adapté leurs pratiques malgré les projets de réforme. Il suffit d'examiner les responsables de la télévision nationale, de la radio nationale et de l'Agence TAP pour constater que ces personnels ont des antécédents de soumission au pouvoir. Seuls de petits groupes de journalistes tentent de préserver un minimum de professionnalisme et d'objectivité.
La situation à la radio nationale est préoccupante. La PDG, Henda Ben Alaya Ghribi, s'ingère directement dans le contenu diffusé, supprimant les informations qu'elle juge inopportunes. Une journaliste, qui a souhaité rester anonyme, affirme que la direction générale de la radio nationale impose des restrictions sévères aux journalistes. Malgré cela, un petit groupe de journalistes tente de résister en diffusant des informations qui contournent la censure.
La télévision nationale connaît une situation similaire. Depuis 2021, un petit groupe de journalistes tente de résister à la "rhétorique gouvernementale" qui domine les contenus. Les journalistes qui osent s'exprimer sont harcelés, marginalisés ou sanctionnés. Les émissions-débats ont disparu, et les opinions divergentes ne sont plus diffusées. Les journalistes qui tentent de résister sont isolés et ne bénéficient pas d'un élan de solidarité générale.
Les pressions exercées sur les journalistes sont multiples. Certains collègues enregistrent et transmettent à la direction les positions exprimées sur les pages personnelles Facebook des journalistes. Les sanctions sont sévères, et les journalistes qui osent s'exprimer sont renvoyés devant le conseil de discipline. La situation est alarmante, et les médias publics tunisiens semblent avoir perdu leur objectivité et leur diversité.
Les médias publics tunisiens doivent retrouver leur indépendance et leur objectivité pour remplir leur mission de service public. Les journalistes qui tentent de résister ont besoin d'un soutien pour continuer à diffuser des informations fiables et diversifiées. La situation actuelle est inquiétante, et il est crucial que les autorités tunisiennes prennent des mesures pour garantir la liberté de la presse et l'indépendance des médias publics.
Key points
- Les médias publics tunisiens subissent une pression accrue depuis 2021.
- Les journalistes qui osent s'exprimer sont harcelés, marginalisés ou sanctionnés.
- Les médias publics tunisiens ont perdu leur objectivité et leur diversité.