À Bamako, les habitants vivent avec la peur quotidienne des accidents causés par les poids lourds. Le vrombissement d'un moteur diesel annonce souvent l'arrivée d'une benne, lourde, poussiéreuse et chargée, qui avance sans ralentir, semant la mort et la destruction sur son passage. Les autres usagers de la route freinent, se serrent et s'écartent par instinct de survie, car face à une benne, le plus léger a toujours tort.

Les accidents causés par ces véhicules deviennent de plus en plus fréquents. Les piétons sont fauchés à des carrefours, les motocyclistes écrasés sous des roues démesurées, et les véhicules particuliers broyés à des intersections. Chaque semaine apporte son lot de drames, et chaque drame porte la même signature : un poids lourd qui n'a pas freiné, qui n'a pas regardé, qui n'a pas cédé le passage.

Plusieurs facteurs contribuent à cette réalité inquiétante. Certains chauffeurs conduisent ivres ou fatigués, après des nuits sans sommeil et des journées à enchaîner les rotations pour un patron qui paie au voyage. D'autres n'ont jamais reçu la formation exigée pour piloter un engin de plusieurs tonnes. Le permis seul ne suffit pas ; conduire une benne exige une maîtrise technique, une anticipation, une connaissance des angles morts et une gestion du freinage spécifiques.

Les véhicules eux-mêmes sont également en cause. Beaucoup de bennes qui circulent à Bamako sont en mauvais état, avec des freins usés, des pneus lisses, des rétroviseurs cassés et des feux défaillants. Des véhicules qui auraient dû être immobilisés continuent de rouler, faute de contrôle technique rigoureux. La surcharge aggrave tout ; une benne surchargée ne freine pas comme une benne à vide, elle dérape, elle bascule et elle écrase.

L'impunité ressentie par les chauffeurs de poids lourds est également un facteur important. Le poids lourd impose sa loi ; il est plus grand, plus haut, plus lourd. Dans un trafic sans signalisation cohérente, sans marquage au sol respecté, sans feux fonctionnels à tous les carrefours, la force prime souvent sur le droit. Faute de contrôle visible et de verbalisation systématique, la transgression devient une habitude.

Les conséquences de ces accidents dépassent les chiffres ; elles brisent des familles, laissent des orphelins et amputent des jeunes travailleurs. La peur quotidienne s'installe ; le piéton n'ose plus traverser. Pour mettre fin à cette réalité, il faut d'abord contrôler les véhicules et les hommes. Contrôler les freins, les pneus, les feux et la charge réelle ; interdire la surcharge. Ensuite, contrôler les chauffeurs, dépister l'alcoolémie, vérifier la fatigue et exiger une formation spécifique.

La responsabilité est partagée entre les propriétaires qui envoient des véhicules en mauvais état sur la route, les chauffeurs qui confondent vitesse et efficacité, et les autorités qui ferment les yeux. La route n'est pas un champ de bataille ; elle est un espace commun. Tant que la benne sera perçue comme un engin de la mort, chaque trajet restera une épreuve. Le jour où elle redeviendra un simple outil de travail, conduit avec prudence, entretenu avec sérieux et contrôlé avec rigueur, Bamako respirera mieux.

Key points

  • Les accidents causés par les poids lourds deviennent fréquents à Bamako.
  • Les véhicules en mauvais état et la surcharge sont des facteurs importants.
  • La responsabilité est partagée entre les propriétaires, les chauffeurs et les autorités.

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SaharaWire Newsroom
SaharaWire

Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.