Les évènements de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 demeurent gravés dans les mémoires des Burkinabè. En deux journées décisives, des milliers de citoyens ont contraint Blaise Compaoré à quitter le pouvoir après vingt-sept années de règne. Cette insurrection a constitué un tournant majeur de l’histoire politique récente du pays. La volonté de modifier la Constitution pour permettre au chef de l’Etat de briguer un nouveau mandat a été à l’origine de cette mobilisation historique.

Blaise Compaoré avait été élu en 1991, puis réélu en 1998, 2005 et 2010. La limitation des mandats présidentiels, rétablie en 2000 après une première modification en 1997, lui interdisait de se représenter en 2015. Cependant, son camp a entrepris de modifier à nouveau l’article 37 de la Constitution afin de lui permettre de briguer un autre mandat. Cette initiative a provoqué le courroux de l’opposition, des partis politiques, des syndicats et des organisations de la société civile.

La contestation a également été portée par de nouveaux mouvements citoyens, notamment le Balai citoyen, créé en 2013 autour de figures comme Sams’K Le Jah et Smockey. A ces revendications politiques se sont ajoutées les difficultés socioéconomiques, le chômage des jeunes et les frustrations liées à la gouvernance. La modification constitutionnelle est devenue ainsi le catalyseur d’un mécontentement longtemps contenu.

Le 30 octobre 2014, alors que l’Assemblée nationale devait examiner le projet de révision constitutionnelle, des milliers de manifestants ont investi les rues de Ouagadougou et d’autres villes du pays. La mobilisation a pris une ampleur exceptionnelle. L’Assemblée nationale et le siège du CDP ont notamment été incendiés ou saccagés, tandis que les affrontements ont fait des victimes.

Face à cette pression populaire, le processus de révision a été interrompu. Toutefois, cette décision n’a pas suffi à apaiser la colère des manifestants qui réclamaient désormais le départ du chef de l’Etat. Le 31 octobre, la mobilisation s’est poursuivie et intensifiée. Confronté à une contestation devenue incontrôlable, Blaise Compaoré a annoncé sa démission.

Après vingt-sept années au pouvoir, Blaise Compaoré a quitté le Burkina Faso pour la Côte d’Ivoire. Son départ a marqué la fin d’un long règne et ouvert une période d’incertitude politique. La succession a donné lieu à des tensions entre militaires et acteurs civils et politiques. Le lieutenant-colonel Isaac Zida a assumé provisoirement les responsabilités de chef de l’Etat, avant la mise en place d’une Transition dirigée par Michel Kafando.

L’insurrection populaire de 2014 a démontré la capacité des citoyens à défendre leurs aspirations et à s’opposer à la confiscation du pouvoir. Le véritable héritage de cette insurrection réside dans la nécessité de promouvoir une gouvernance responsable, des institutions au service de l’intérêt général et une justice accessible à tous.

Key points

  • L'insurrection populaire de 2014 au Burkina Faso a été déclenchée par la volonté de modifier la Constitution pour permettre à Blaise Compaoré de briguer un nouveau mandat.
  • La mobilisation populaire a conduit à la démission de Blaise Compaoré après 27 ans au pouvoir.
  • L'insurrection a ouvert une période d'incertitude politique au Burkina Faso.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.