Le secteur marocain de l’assurance a réalisé un volume d’affaires de 63 milliards de dirhams en 2024, en croissance de 5,4 %, puis de 63,2 milliards en 2025, avec une accélération à 7,5 %. Cette performance place le Maroc au deuxième rang africain derrière l’Afrique du Sud, au troisième rang du monde arabe et au 48e rang mondial. Le marché est encadré par l’ACAPS – l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale – qui supervise les assureurs, les intermédiaires et les régimes de prévoyance.
Le réseau de distribution marocain repose sur plusieurs canaux. La bancassurance, en forte croissance, détient désormais 31,9 % du marché. Les courtiers suivent de près, avec 30,4 %, devant les agents généraux et les bureaux de gestion directe. Parmi les intermédiaires traditionnels, le courtier occupe ainsi la première place : il a placé 19,5 milliards de dirhams de primes en 2024, soit environ un tiers des émissions directes du marché.
Au 31 mars 2026, le Maroc comptait 603 courtiers et 1 859 agents agréés par l’ACAPS. La différence entre les deux ne tient pas au statut. L’agent représente une compagnie. Le courtier représente son client. La distinction est structurante : le courtier travaille pour l’assuré, négocie en son nom, met les compagnies en concurrence et engage sa responsabilité de conseil.
Réduire le courtier à un apporteur d’affaires est la première erreur d’appréciation. Un courtier structuré étudie un risque, le décompose, le présente aux assureurs, construit une couverture sur mesure, négocie les conditions et accompagne la gestion des sinistres. Sur les risques complexes, il fait davantage : il rend possible ce qui ne l’était pas.
Les grands chantiers d’infrastructure, les couvertures tous risques chantier, la responsabilité civile décennale, les risques aéroportuaires, les grands événements sportifs que le Maroc s’apprête à accueillir – aucune de ces couvertures ne se souscrit sur catalogue. On les regroupe sous le terme de risques techniques : les assurances qui couvrent les chantiers, le montage et les essais d’équipements industriels, le bris de machine, la responsabilité décennale des constructeurs.
La montée en charge des grands projets nationaux se lit déjà dans les chiffres : les risques techniques ont bondi de 86,9 % en 2025, pour atteindre 711 millions de dirhams, portés par les assurances chantier et la responsabilité décennale. La tendance ne fera d’ailleurs que s’accentuer. Le changement climatique multiplie les événements extrêmes – inondations, sécheresses, épisodes violents – pendant que la complexité croissante de certains grands chantiers élève le niveau de risque.
Le paradoxe est là : plus le risque devient complexe, plus la valeur du courtier augmente – mais plus cette valeur reste difficile à monétiser dans le modèle économique actuel. Le conseil, très consommateur de ressources seniors qualifiées, est aujourd’hui rendu à titre gracieux. L’étroitesse du marché a installé l’idée que l’étude est gratuite, intégrée à la commission de placement. C’est une anomalie économique.
Key points
- Le secteur marocain de l’assurance a réalisé un volume d’affaires de 63 milliards de dirhams en 2024.
- Les courtiers ont placé 19,5 milliards de dirhams de primes en 2024.
- Le courtier structuré étudie un risque, le décompose, le présente aux assureurs, construit une couverture sur mesure, négocie les conditions et accompagne la gestion des sinistres.