La diplomatie congolaise a récemment changé de registre en exigeant le retrait des troupes rwandaises de son territoire. L'ambassadeur du Congo à l'ONU, Zénon Mukongo Ngay, a posé un ultimatum au Conseil de sécurité en demandant le gel de toute nouvelle participation rwandaise aux opérations de paix de l'ONU tant que le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais n'aura pas été vérifié. Cette décision fait suite à un discours jugé trop prudent de la Première ministre Judith Suminwa à l'Assemblée générale.
Le président de l'Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a également pris position en déclarant que sans désengagement visible du Rwanda, il n'y aurait pas de cessez-le-feu réel au Congo. De son côté, l'ambassadeur désigné des États-Unis à Kigali, Nicholas Checker, a souligné que les accords de Washington ne vaudront que par une conformité pleine et vérifiable. Il a insisté sur le fait que le Rwanda doit cesser ses actions déstabilisatrices dans l'Est de la RDC.
Selon les évaluations du Groupe d'experts de l'ONU, la présence rwandaise dans l'Est du Congo n'a pas suivi la courbe du désengagement promise à Washington. Au contraire, les dernières estimations font état de plus de 14 000 à 18 000 militaires rwandais dans les deux Kivus. Cette présence est considérée comme une menace pour la stabilité de la région.
Le protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement a été signé par le Congo, mais les experts de l'ONU ont documenté le recyclage de combattants. Les rapatriements ont commencé avec l'appui de la MONUSCO, mais il faut s'assurer que ces retours soient définitifs. Le Congo exige que les hommes renvoyés au Rwanda ne reviennent pas déstabiliser le Congo aux côtés du M23.
La résolution 2773 du Conseil de sécurité, adoptée à l'unanimité le 21 février 2025, a condamné l'offensive du M23 menée avec l'appui des Forces de défense rwandaises. Elle a appelé ces dernières à cesser tout soutien au M23 et à se retirer immédiatement du territoire congolais, sans conditions préalables. Le Congo estime que chaque mois de présence rwandaise supplémentaire au Congo est un mois de défi ouvert à l'autorité du Conseil.
En exigeant le gel des participations rwandaises aux opérations de paix, le Congo ne demande pas une faveur, mais demande à l'ONU d'être cohérente et de mobiliser tous les leviers dont elle dispose pour que le Rwanda applique ses résolutions. Le Congo lie désormais le prestige du Rwanda à ses Casques bleus au départ de ses troupes du Congo.
La diplomatie congolaise a décidé d'utiliser la résolution 2773 comme une arme pour obtenir le retrait des troupes rwandaises. Le retrait des troupes rwandaises n'est pas une revendication congolaise parmi d'autres, mais une décision du Conseil de sécurité. Le Congo attend de l'ONU qu'elle fasse respecter ses propres décisions.
Key points
- Le Congo exige le retrait immédiat des troupes rwandaises de son territoire.
- La présence rwandaise dans l'Est du Congo est estimée à plus de 14 000 à 18 000 militaires.
- Le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2773 pour condamner l'offensive du M23 et appeler au retrait des troupes rwandaises.