Le capitaine Ibrahim Traoré, 38 ans, va boucler mercredi sa quatrième année à la tête du Burkina Faso. Comme Thomas Sankara, il tente de perpétuer l'héritage souverainiste et révolutionnaire du père de la révolution burkinabè. Les similitudes entre les deux hommes sont nombreuses : jeunes capitaines au béret rouge arrivés au pouvoir par des putschs, ils font du souverainisme panafricain le cœur de leur politique.
Thomas Sankara avait initié la "révolution démocratique et populaire" (RDP) en août 1983, à 33 ans. Il avait pour priorités la réduction du train de vie de l'État, le désenclavement des campagnes, l'éducation pour tous, l'émancipation des femmes et la valorisation des produits locaux. Ses résultats concrets étaient rapides, comme les "cités de la révolution", le premier grand projet d'habitat lancé pour garantir un accès digne au logement.
Le capitaine Ibrahim Traoré a lancé sa propre révolution, "progressiste et populaire". Elle passe notamment par la nationalisation des mines d'or et une politique de relance de l'industrie, ainsi que par des chantiers lancés via l'initiative Faso Mêbo. L'enseignant-chercheur Moussa Koné compare la politique économique des deux hommes, notant que Traoré bénéficie des recettes de l'or et des taxes sur les produits de consommation.
Sur le plan culturel, Ibrahim Traoré a ressuscité le port du Faso Dan Fani, tissu traditionnel en coton local, dans l'administration et les écoles. Cependant, l'une des grandes différences entre les deux époques concerne la situation sécuritaire. Des groupes jihadistes contrôlent aujourd'hui une grande partie du territoire et les attaques se déroulent surtout dans le nord du pays.
Le chercheur Moussa Koné reconnaît une "meilleure dotation des forces combattantes en équipements, parfois fabriqués sur place". Cependant, l'isolement du Nord reste un symbole fort, estime-t-il. Sur la question du pluralisme, les deux hommes ont dissous les partis politiques et évoquent des "ennemis" intérieurs ou extérieurs au peuple.
L'exercice du pouvoir sous M. Traoré est encore plus dur que sous Thomas Sankara. Journalistes, magistrats et membres de la société civile sont régulièrement enlevés, parfois envoyés au front pour combattre les groupes jihadistes. L'analyste politique Yaya Touré confirme que "l'aspect coercitif est plus pesant sous le régime actuel".
Sur le plan diplomatique, les deux hommes se retrouvent dans leur quête de souveraineté. Thomas Sankara avait choisi le non-alignement et défendait la solidarité Sud-Sud. Ibrahim Traoré a cofondé une confédération avec le Mali et le Niger voisins et rompu avec la France pour se tourner vers de nouveaux partenaires, la Russie en tête.
Key points
- Le capitaine Ibrahim Traoré tente de perpétuer l'héritage de Thomas Sankara.
- Les similitudes entre les deux hommes sont nombreuses.
- L'exercice du pouvoir sous M. Traoré est encore plus dur que sous Thomas Sankara.