La commune populaire d'Abidjan, Yopougon, est considérée comme le berceau du biama, une nouvelle danse qui fait bouger la jeunesse ivoirienne. Chaque semaine, des centaines de jeunes se retrouvent dans différents espaces de Yopougon pour danser le biama. Les rendez-vous sont organisés en plein air par des « biamasseurs », dans des terrains vagues ou des espaces aménagés avec peu de moyens. Les danseurs enchaînent mouvements rapides, figures acrobatiques, pas improvisés et expressions du visage destinées à faire rire le public.

Le biama serait né en 2021, dans une salle de jeux vidéo de Yopougon. Après avoir remporté une petite somme d'argent, le jeune Karl Gueï, connu sous le nom de Kalomaman, aurait improvisé quelques pas pour célébrer sa victoire. Un ami filme la scène et publie la vidéo sur TikTok. Le succès est immédiat. Cinq ans plus tard, Kalomaman compte environ 2 millions d'abonnés sur TikTok. D'autres danseurs ont à leur tour construit leur notoriété grâce à ces vidéos.

Le biama revendique sa filiation avec le coupé-décalé, l'un des grands courants de la musique populaire ivoirienne. Des acteurs du mouvement le présentent comme une évolution plus rapide et davantage centrée sur la danse. L'arrangeur Emmanuel Beat estime que le coupé-décalé évoluait généralement autour de 140 à 150 battements par minute, alors que le biama peut atteindre au moins 167 BPM. Les deux univers partagent certains ingrédients musicaux, comme les percussions, les claps et les samples vocaux.

Le biama ne constitue plus seulement un loisir pour les jeunes qui le pratiquent. Il génère également une petite économie autour des spectacles, des prestations, des vêtements, des clips et de la production musicale. L'AFP rapporte que certains jeunes danseurs utilisent les pourboires reçus pendant les soirées pour acheter des vêtements et des fournitures scolaires. Les prestations rémunérées constituent également une source de revenus pour les danseurs plus expérimentés.

Le mouvement intéresse aussi les professionnels de la musique. L'arrangeur Élie-Michel Assié Diou affirme avoir enregistré plus d'une cinquantaine d'artistes liés au biama dans son studio. Le sociologue Stéphane Babo évoque de son côté la création d'emplois et l'existence d'un véritable marché autour de cette pratique. Le biama illustre une évolution de la culture urbaine ivoirienne : la rue reste le lieu de création, mais le téléphone devient le principal outil de diffusion.

Le succès du biama repose largement sur son potentiel vidéo. Les chorégraphies sont courtes, spectaculaires et faciles à reproduire. Les danseurs peuvent ainsi transformer une prestation locale en contenu destiné à un public beaucoup plus large. Des figures comme Dydy Yeman ont dépassé le cadre ivoirien et se produisent désormais en dehors du pays. Les rendez-vous organisés à Yopougon servent de laboratoire : les danseurs y créent leurs mouvements, les filment et les diffusent ensuite sur les plateformes numériques.

Apparu il y a cinq ans, le biama est désormais pratiqué dans d'autres villes ivoiriennes et commence à attirer un public au-delà des frontières nationales. Sa progression repose sur un modèle particulièrement adapté à une génération qui crée, filme et diffuse elle-même ses contenus. À Yopougon, les rassemblements continuent de donner une place centrale au spectacle vivant. Sur TikTok et les autres plateformes, les mêmes danseurs peuvent toucher des centaines de milliers, voire des millions de personnes.

Key points

  • Le biama est devenu un mouvement culturel né dans les quartiers populaires, porté par la jeunesse et propulsé par les réseaux sociaux.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.