À la veille de la fête de la Toussaint, célébrée chaque 1er novembre, de nombreuses familles tchadiennes se sont rendues dans les cimetières pour nettoyer, embellir et fleurir les tombes de leurs proches disparus. Les cimetières de Ngonba et de Toukra, situés dans le 9ᵉ arrondissement de N’Djaména, ont accueilli des familles venues accomplir ce devoir de mémoire. Dès 5 heures du matin, hommes, femmes et enfants étaient munis de balais, de pelles, de râteaux, de pioches et de seaux d’eau pour s’activer autour des tombes.

Les familles ont désherbé, lavé les dalles, repeint les inscriptions et nettoyé les caveaux. Ce geste traduit le respect et l’attachement des familles à leurs proches disparus. Après le nettoyage, certaines ont déposé des fleurs et des bougies sur les tombes. À la veille de la Toussaint, les cimetières deviennent ainsi des lieux de recueillement et de souvenir. Les familles montrent ainsi qu’elles n’ont pas oublié leurs proches disparus.

Denemadji Marie-Flore, 62 ans, nettoie la tombe de son mari, décédé il y a trois ans. Elle frotte la dalle, enlève les mauvaises herbes et dépose une gerbe de fleurs artificielles. « Il faut que sa maison soit propre. C’est tout ce qui nous reste. On vient lui montrer qu’on ne l’a pas oublié. C’est notre devoir », confie-t-elle, les yeux humides. Cette tradition est importante pour elle.

Pour Paul Ngaryam, au Tchad, la mort ne signifie pas nécessairement la rupture avec les défunts. « Un mort n’est jamais mort. C’est un ancêtre qui nous regarde. Profaner une tombe, c’est maudire toute sa famille. Personne ne joue avec ça », affirme-t-il. Les Tchadiens ont une grande considération pour leurs proches disparus.

Au cimetière, des personnes de différentes confessions se côtoient, chacune selon ses pratiques religieuses. Des chrétiens allument des bougies et prient, tandis que certains musulmans récitent des prières en mémoire de leurs proches disparus. Youssouf Barka, de confession musulmane, est venu nettoyer la tombe de sa mère, qui n’était pas musulmane.

« Je suis musulman de père, mais ma mère ne l’était pas. Aujourd’hui, c’est la fête de la Toussaint et je dois venir nettoyer sa tombe, car c’est elle qui m’a donné la vie et m’a véritablement transmis une éducation. J’ai récité quelques sourates pour elle et pour le repos de son âme. Chaque année, je viens accomplir ce devoir et lui témoigner mon amour sincère. Tant que je serai en vie, je le ferai », explique-t-il. Cette tradition est importante pour lui.

Selon le pasteur Jean-Baptiste, nettoyer la tombe d’un proche à la veille de la Toussaint est un geste chargé de significations symboliques, familiales et psychologiques. Il évoque notamment le devoir de mémoire et l’expression de l’amour envers les défunts. Pour lui, entretenir une tombe, enlever les mauvaises herbes et laver la pierre constituent une manière concrète de témoigner du respect et de préserver la dignité du lieu de repos des disparus. Les familles quittent progressivement les lieux après avoir accompli ce devoir de mémoire.

Key points

  • Les familles tchadiennes nettoient et embellissent les tombes de leurs proches disparus à la veille de la Toussaint.
  • Cette tradition témoigne de l’attachement des vivants à ceux qui les ont précédés.
  • Les Tchadiens de différentes confessions se côtoient dans les cimetières pour honorer leurs proches disparus.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.