Selon le Global AI Diffusion Report du Microsoft AI Economy Institute, seulement 13,9 % des Tunisiens de 15 à 64 ans utilisent une intelligence artificielle générative, contre 49,6 % des Français. La Tunisie se classe 80e sur 147 économies mesurées, mais 2e ex aequo en Afrique pour son potentiel de talents. Ce constat met en lumière le défi que représente la Tunisie pour valoriser ses compétences en matière d'IA.
Le rapport révèle que les pays voisins de la Tunisie sont dans une fourchette étroite : l'Égypte et la Libye affichent 15,5 % d'utilisation de l'IA, l'Algérie 13,8 % et le Maroc 12,0 %. Sur le continent africain, la Tunisie est 8e parmi les 45 pays présents dans le fichier, derrière l'Afrique du Sud qui affiche 23,9 %. Ces chiffres montrent que la Tunisie a du mal à rattraper son retard en matière d'adoption de l'IA.
L'indice Africa AI Talent Readiness 2025 classe la Tunisie 2e ex aequo avec l'Égypte, à 51,80 points, derrière l'Afrique du Sud. Cet indice prend en compte les compétences numériques, les données et infrastructures, ainsi que la préparation de l'action publique. La Tunisie dispose donc de ressources humaines compétentes, mais peine à les valoriser. Plus de 8 000 ingénieurs sont diplômés chaque année en Tunisie, pour 90 000 inscrits.
Cependant, selon l'Ordre des ingénieurs, 39 000 ingénieurs ont quitté la Tunisie, pour un coût de formation de 650 millions de dinars par an. Cette fuite des cerveaux est un défi majeur pour le pays qui cherche à développer son secteur de l'IA. Les entreprises tunisiennes semblent également avoir du mal à innover, malgré leur intérêt pour les technologies avancées. Selon l'ITCEQ, 86 % des entreprises voient dans les technologies avancées un levier d'innovation, mais seulement 19 % ont développé des projets innovants.
L'enquête McKinsey d'août 2026 montre que la majorité des utilisateurs d'IA ne parviennent pas à tirer parti de cette technologie. Seuls 6 % des répondants sont considérés comme des "high performers" et 5 % attribuent à l'IA plus de 5 % de leur résultat d'exploitation. Les agents IA sont déployés à grande échelle par 40 % des répondants des grandes organisations, mais seulement 22 % dans les plus petites.
Le gouvernement tunisien a présenté une stratégie nationale en IA en mai 2026, avec six priorités : santé, agriculture, énergie, transport, mobilité intelligente et administration numérique. Le Tunisia Global Forum a également dévoilé un livre blanc sur l'IA. Il reste maintenant à mettre en œuvre ces initiatives et à mesurer leur impact. Plusieurs pays ont déjà mis en place des initiatives pour développer l'IA, comme Singapour avec un assistant IA sécurisé utilisé par environ deux tiers des agents publics.
Pour passer de l'usage à la valeur, la Tunisie doit prendre des mesures pour mesurer l'impact de l'IA, former les compétences nécessaires, financer l'expérimentation et garder ses talents. La Tunisie doit apprendre à utiliser l'IA pour résoudre ses propres problèmes, plutôt que de chercher à construire des technologies de pointe. Le défi est maintenant de transformer les talents en usages et les usages en productivité.
Key points
- La Tunisie a les talents pour l'IA, mais peine à les utiliser.
- Le pays doit prendre des mesures pour mesurer l'impact de l'IA et former les compétences nécessaires.
- La Tunisie doit apprendre à utiliser l'IA pour résoudre ses propres problèmes.