Le 14 juin 2001, une marche inédite a eu lieu dans l'histoire de l'Algérie indépendante. Trois millions de Kabyles, venus de Béjaïa, Bouira, Tizi-Ouzou, Boumerdès et d'autres régions, se sont rendus à Alger pour déposer la plate-forme de revendications d'El-Kseur au niveau de la présidence de la République, à El-Mouradia. Cette marche a été organisée en réponse à l'assassinat de Guermah Massinissa, premier martyr des événements du Printemps noir de Kabylie.
L'assassinat de Guermah Massinissa a été suivi d'une série d'interpellations brutales de collégiens à Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, par des gendarmes. Cet événement a marqué le commencement d'une répression féroce qui a abouti à l'assassinat de 126 citoyens et à un nombre incalculable de blessés dans les quatre coins de la Kabylie. Les manifestations de rue, les émeutes, les grèves et les marches étaient le quotidien de Béjaïa, Tizi-Ouzou et Bouira pendant de longs mois.
Pour parer à l'absence et à l'incapacité des partis politiques à gérer la situation, les comités de village se sont organisés en coordinations. Des réunions marathoniennes se sont tenues régulièrement avec la participation de toutes les couches de la société. Les événements se sont succédé et la Kabylie est devenue, depuis avril 2001, un véritable no man's land. Du sang a coulé pendant des mois sans qu'une lueur d'espoir ne se dessine à l'horizon.
La journée du 14 juin restera dans l'Histoire car jamais, depuis l'indépendance du pays, autant de monde n'a participé à une action de telle envergure. Des millions de citoyens ont fait le déplacement à Alger, venant des quatre coins de la Kabylie. Même quand le Mouvement Culturel Berbère (MCB) était à son apogée, au début et au milieu des années quatre-vingt-dix, jamais autant de Kabyles n'ont adhéré à une même manifestation.
La marche du 14 juin 2001 a conféré un caractère historique indéniable à l'événement. Même sur le plan médiatique, l'événement a fait le tour du monde. Cependant, à Alger, la machine propagandiste du pouvoir de l'époque a été mise en branle pour semer la zizanie entre quelques habitants d'Alger et les marcheurs kabyles. Des manifestants ont été tués et beaucoup d'autres ont été blessés, ce qui a allongé la liste des victimes du Printemps noir.
Au-delà de la tragédie, l'événement est resté comme un repère incontournable dans le long combat des Algériens et des Kabyles pour la démocratie et l'identité amazighe. La langue amazighe est devenue nationale un an plus tard, à la suite de la pression populaire de 2001. La marche gigantesque du 14 juin 2001 a été un véritable tournant, mais l'Histoire et le combat ne se sont pas arrêtés là.
La marche du 14 juin 2001 a donné lieu à d'autres révoltes populaires pacifiques, comme celle en cours depuis le 22 février. Les citoyens qui se sont investis corps et âme pour la démocratie, la justice et l'identité amazighe continuent de lutter pour leurs droits. Le 14 juin restera une date importante dans l'histoire de la lutte démocratique en Algérie.
Key points
- La marche du 14 juin 2001 a été un tournant majeur dans l'histoire de la lutte démocratique en Algérie.
- La langue amazighe est devenue nationale en 2002, à la suite de la pression populaire de 2001.
- La marche du 14 juin 2001 a donné lieu à d'autres révoltes populaires pacifiques en Algérie.