Dans son rapport de septembre 2026, la Banque mondiale dresse un tableau contrasté de l'économie tunisienne. Le PIB réel a rebondi à +2,7% en 2025 et devrait se stabiliser autour de +2,3% en 2026. Cette croissance est portée par l'agriculture, les industries agroalimentaires et les industries mécaniques et électriques. Cependant, les hydrocarbures, le textile et le BTP reculent.

Le déficit du compte courant a augmenté de 49% en valeur nominale au premier semestre 2026. Le déficit énergétique représente 53% du déficit commercial total. Les réserves de change ont chuté brutalement en juillet à 92 jours d'importations après le remboursement d'un Eurobond de 700 millions d'euros. Elles se sont légèrement reconstituées fin août à 98 jours grâce à des financements extérieurs.

L'économiste Ridha Chkoundali analyse ce diagnostic comme une croissance "à deux vitesses". Le secteur offshore est performant mais incapable de compenser le déficit structurel du secteur onshore. Ce dernier ne couvre que 44% de ses besoins. Cette dualité illustre la fragilité d'une reprise largement dépendante des aléas climatiques et des conjonctures extérieures.

Sur le marché du travail, le taux de chômage est officiellement en baisse à 14,9% au deuxième trimestre 2026. Cependant, cela masque une destruction nette de 58 000 emplois, principalement féminins. Le taux d'activité des femmes est structurellement bas à 27% contre 63,3% pour les hommes. Ridha Chkoundali met en garde contre le gaspillage de capital humain que représente la sous-participation féminine.

Ridha Chkoundali identifie cinq paradoxes majeurs dans les recommandations de la Banque mondiale. L'ajustement des tarifs de l'eau et de l'irrigation risque d'alourdir l'inflation alimentaire et de pénaliser les ménages modestes. La critique du financement interne via la Banque centrale ignore l'absence d'alternatives externes réalistes.

La libéralisation est également critiquée pour négliger la nécessité d'une politique industrielle pour le secteur onshore. Le recours aux PPP pour le dessalement constitue un pari énergétique risqué dans un pays où le déficit énergétique pèse lourdement sur la balance commerciale. La loi sur les chèques de 2024 montre comment des mesures répressives élargissent l'économie parallèle et réduisent la liquidité bancaire disponible pour l'investissement.

Au total, Ridha Chkoundali juge le diagnostic de la Banque mondiale précieux mais appelle à une adaptation fine des réformes aux réalités sociales, énergétiques et géoéconomiques tunisiennes. Le défi de l'eau en Tunisie est un enjeu majeur qui nécessite une approche globale et cohérente. La Banque mondiale et les autorités tunisiennes doivent travailler ensemble pour trouver des solutions efficaces.

Key points

  • La croissance économique tunisienne est "à deux vitesses"
  • Le déficit énergétique pèse lourdement sur la balance commerciale
  • Les recommandations de la Banque mondiale comportent cinq paradoxes majeurs selon Ridha Chkoundali

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.