L'intelligence artificielle (IA) s'impose progressivement dans le monde professionnel à Maurice, suscitant des craintes liées à la disparition de certains métiers et à la transformation des emplois. Les technologies prennent déjà en charge des tâches autrefois effectuées par des employés, telles que la rédaction de textes, l'analyse de documents et le traitement de données. Le champ des activités automatisables s'élargit avec les progrès de l'IA générative et des agents intelligents.

Selon Atishay Sookun, directeur général de l'Information and Communication Technologies Authority (ICTA), il est essentiel d'évaluer les retombées concrètes de l'IA sur l'économie mauricienne. Il souligne que "une révolution industrielle se mesure à des gains de productivité durables, pas à des cours de bourse". Les estimations du Fonds monétaire international (FMI) donnent une indication de l'ampleur du phénomène : environ 40 % des emplois dans le monde seraient exposés à l'IA.

Cette exposition ne signifie toutefois pas que tous ces emplois sont voués à disparaître. L'automatisation pourrait aussi transformer leur contenu et modifier les compétences recherchées. Shiam Beeharry, consultant indépendant en IA, estime que cette évolution modifiera davantage le contenu des métiers qu'elle ne supprimera les emplois. Le Forum économique mondial prévoit, d'ici à 2030, la création de 170 millions d'emplois et le déplacement de 92 millions d'autres à l'échelle mondiale.

À Maurice, les activités reposant sur le traitement d'informations et l'exécution de procédures standardisées figurent parmi les plus exposées. Le Business Process Outsourcing (BPO) et les centres d'appels sont particulièrement concernés : les assistants conversationnels et les agents vocaux peuvent déjà traiter de nombreuses demandes de premier niveau. Les services financiers et le global business pourraient également être touchés.

La compétitivité des entreprises mauriciennes constitue un autre enjeu majeur. Shiam Beeharry estime qu'elles risquent de perdre des marchés si leurs concurrents étrangers adoptent ces technologies plus rapidement. Cette vulnérabilité concerne particulièrement les prestataires locaux travaillant pour des donneurs d'ordre internationaux. Hans Balgobin, expert en IA, met en garde contre les répercussions des stratégies d'automatisation de ces clients étrangers sur les salariés mauriciens.

Les répercussions pourraient se faire sentir dès l'entrée sur le marché du travail. Dans plusieurs secteurs, les postes de début de carrière reposent sur des activités répétitives qui permettent aux nouvelles recrues d'acquérir progressivement de l'expérience. Or, ces tâches figurent précisément parmi celles que l'IA peut prendre en charge. Shiam Beeharry attire ainsi l'attention sur le risque de voir les possibilités d'apprentissage se réduire si les entreprises automatisent les fonctions traditionnellement confiées aux débutants.

La formation devient un enjeu crucial pour les travailleurs et les entreprises. Pour Shiam Beeharry, il ne s'agit pas simplement de savoir utiliser l'IA, mais de pouvoir l'intégrer efficacement à son travail. Les personnes les plus exposées ne sont pas nécessairement celles qui seront remplacées par l'IA, mais celles qui seront dépassées par des collègues qui savent bien l'utiliser. Les entreprises devraient repenser ces emplois en associant les nouvelles recrues à l'utilisation des outils d'IA, tout en leur permettant de développer des compétences à plus forte valeur ajoutée.

Key points

  • Environ 40 % des emplois dans le monde seraient exposés à l'IA.
  • Le Forum économique mondial prévoit, d'ici à 2030, la création de 170 millions d'emplois et le déplacement de 92 millions d'autres à l'échelle mondiale.
  • Les activités reposant sur le traitement d'informations et l'exécution de procédures standardisées figurent parmi les plus exposées à l'IA à Maurice.

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Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.