L'île Maurice célèbre le 192ᵉ anniversaire de l'arrivée des travailleurs sous contrat le 2 novembre 2026. Mais selon l'historien Satyendra Peerthum, cette date occulte plus d'un siècle d'histoire. Les premiers pionniers indiens sont arrivés à Maurice dès les premières décennies du XVIIIᵉ siècle. Ils ont forgé les assises économiques, architecturales et démographiques du pays. Ces artisans, commerçants et ouvriers du sud de l'Inde ont vécu dans la colonie avec des statuts divers.
Les travaux de l'université de Maurice, du MGI, du MIE et de l'Aapravasi Ghat Trust Fund convergent : une communauté indienne active était déjà implantée sous l'administration française et au début de l'administration anglaise. Les pionniers, majoritairement d'origine tamoule, vivaient alors dans la colonie avec des statuts divers : colons non européens, propriétaires, artisans qualifiés, travailleurs engagés, commerçants libres, marins, bagnards, esclaves et même comme esclaves marrons.
Les artisans du sud de l'Inde ont largement contribué à bâtir le pays, travaillant côte à côte avec les esclaves et les bâtisseurs français à l'édification de l'Hôpital militaire, de l'Hôtel du gouvernement, des Casernes centrales, de la Cour suprême, des voies pavées de la capitale et de la rade de Port-Louis. Sous la houlette du gouverneur Mahé de La Bourdonnais, ces ouvriers spécialisés et maçons ont rendu viable le projet colonial de la Compagnie française des Indes orientales.
De 1728 à 1833, plus de 3 000 artisans et plus de 300 marchands et négociants tamouls ont établi des passerelles maritimes et commerciales pérennes entre la côte de Coromandel et Port-Louis, préparant le terrain logistique de l'après-1834. Cette présence s'est également inscrite au cœur de la géographie urbaine. En s'installant au nord de Port-Louis, au Camp des Malbars, ces immigrants ont joué un rôle clé dans l'émergence des « gens de couleur libres ».
Dès les années 1770, des notables comme Jean Denis Pitchen acquièrent des terres et organisent des syndics pour défendre leurs intérêts. Formant une classe intermédiaire entre l'élite blanche et la masse servile, certains deviennent à leur tour propriétaires terriens et possesseurs d'esclaves, participant directement aux racines du peuplement mauricien. Sur le plan commercial, les marchands banians et négociants du sud de l'Inde se comptaient déjà par centaines sous le régime français avant de se chiffrer par milliers sous la tutelle britannique.
Le chercheur Satyendra Peerthum a rédigé un ouvrage massif de 415 pages, In Search of Our Ancestors : A Historical and Pictorial Presentation of the Tamils and their Descendants in Mauritius and other parts of the World (1728-2022). Cette publication a été rédigée avec l'ancien ministre de l'Éducation et directeur de l'Unesco, le professeur Dr Armoogum Parsuramen, et publiée en 2022 en Inde. L'ouvrage retrace l'histoire de ces pionniers indiens et leur contribution à la construction de l'île Maurice.
L'histoire de Rungapah Ramalingum, un immigrant indien arrivé à Maurice en 1826, est un exemple de la trajectoire individuelle de ces pionniers. Il est devenu un notable, propriétaire de terres et d'ateliers, et a transmis son patrimoine à ses descendants. Aujourd'hui, ses descendants se comptent par centaines, à Maurice comme à travers le monde. L'historien rappelle la nécessité de perpétuer le souvenir et d'approfondir les recherches sur l'héritage de ces pionniers indiens sous contrat arrivés avant le 2 novembre 1834.
Key points
- Les premiers pionniers indiens sont arrivés à Maurice dès les premières décennies du XVIIIᵉ siècle.
- Plus de 3 000 artisans et 300 marchands et négociants tamouls ont établi des passerelles maritimes et commerciales pérennes entre la côte de Coromandel et Port-Louis de 1728 à 1833.
- Les artisans du sud de l'Inde ont largement contribué à bâtir le pays, travaillant côte à côte avec les esclaves et les bâtisseurs français à l'édification de plusieurs monuments nationaux.