L'Alliance des États du Sahel (AES), formée par le Burkina, le Mali et le Niger, est souvent présentée comme une réponse à la colonisation française. Cependant, selon Newton Ahmed Barry, cette alliance est en réalité un legs de la colonisation française. Les frontières de ces pays ont été tracées par la France entre 1919 et 1947 pour des besoins de l'administration coloniale.
La France a décolonisé ses anciennes colonies d'Afrique de l'Ouest, mais a laissé derrière elle des institutions et des structures qui continuent de façonner la politique et la société de ces pays. L'armée, en particulier, a hérité du modèle français, avec des écoles de formation militaire calquées sur celles de la France. Les trois chefs de l'AES, Goïta, Tiani et Traoré, sont des produits purs de l'école militaire française.
Selon Newton Ahmed Barry, la France a tout inversé dans les colonies qu'elle a décolonisées. Jusqu'en 1946, le commandant de cercle, un militaire, gouvernait la colonie, jugeait, taxait et construisait des écoles. Dans la tête des gens, l'État était synonyme d'homme en treillis. En 1960, lorsque la France décolonisa, elle laissa derrière elle des casernes, mais pas des Écoles Nationales d'Administration.
L'armée est devenue l'institution qui permet à un fils de pauvre de "devenir quelqu'un". Dans le modèle AOF, ancêtre de l'AES, un colonel qui prend le pouvoir est considéré comme légitime. Les trois chefs de l'AES ont suivi une formation militaire en France et sont convaincus qu'ils sont plus légitimes et mieux outillés pour gouverner que les civils.
La Russie a industrialisé la colère contre la France au Sahel, en offrant une souveraineté sans conditionnalité démocratique. L'AES a adopté un logiciel russe écrit en 2014 pour tourner en 2026. La France, quant à elle, continue de garantir la convertibilité illimitée du franc CFA et a des bases militaires permanentes dans certaines de ses anciennes colonies.
L'AES est-elle une revanche sur la colonisation ou un legs de la France ? Selon Newton Ahmed Barry, c'est plutôt un legs de la colonisation française. La France paie possiblement son modèle colonial, qui a créé des institutions et des structures qui continuent de façonner la politique et la société de ces pays.
En fin de compte, l'AES est la Françafrique qui a échoué son indépendance. Elle garde le père comme ennemi, pour ne pas avoir à se regarder elle-même. La France doit assumer sa responsabilité dans la situation actuelle de l'AES et de ses États membres.
Key points
- L'AES est un legs de la colonisation française.
- La France a décolonisé, mais a laissé derrière elle des institutions et des structures qui continuent de façonner la politique et la société de ses anciennes colonies.
- La Russie a industrialisé la colère contre la France au Sahel en offrant une souveraineté sans conditionnalité démocratique.