La région de Kabylie en Algérie connaît une résurgence des pratiques socioculturelles traditionnelles de nettoyage public, une coutume qui remonte à des siècles. Selon les habitants, cette tradition était jadis une pratique courante dans les villages de Kabylie, où les communautés se réunissaient pour nettoyer les espaces publics et privés à des dates précises de l'année. Cette coutume était codifiée par le droit coutumier et faisait partie intégrante de la culture locale.

Les paysans de Kabylie ont retenu dans leur mémoire collective trois dates du calendrier agraire pour le nettoyage des espaces publics et privés. Ces dates sont Décidés par Taddart, organisés par Tajmaat, avec des objectifs précis et des espaces déterminés selon la période de l'année. Les travaux de nettoyage sont effectués par des groupes de personnes affectées à des tâches précises sur des territoires indiqués, et aucune absence ni dérobade n'est tolérée sous peine de fortes amendes ou de mise en quarantaine.

La première date de nettoyage a lieu durant la deuxième quinzaine d'octobre, lors de l'ouverture de l'année agraire. À cette occasion, les villageois procèdent à un débroussaillage méticuleux des champs, des oliveraies, des maquis, des sentiers animaliers, des chemins et des passages. Ils s'occupent également du curage des rivières, des sources et des ruisseaux pour éviter les inondations de l'hiver. Les toitures, les granges, les étables et les espaces marchands sont également nettoyés.

La deuxième date de nettoyage a lieu le 12 janvier, lors de la fête de Yennayer. À cette occasion, les villageoises procèdent à un nettoyage total des habitations, des greniers et des étables. Les hommes profitent de l'arrêt de la récolte des olives pour refaire les toitures, reconsolider les chemins et rouvrir les routes barrées par la neige. Des vigilants sont chargés de donner l'alerte et de réactiver les équipes en cas d'épisode neigeux.

La troisième date de nettoyage a lieu le 7 juillet, dite Lainsla, 15 jours après le solstice d'été. À cette occasion, les villageois procèdent à un nettoyage d'été anti-feu, qui durera deux semaines. Des groupes d'hommes spécialisés sont affectés au débroussaillage des champs, des maquis et des forêts, tandis que d'autres groupes s'occupent des sources, du désherbage et du pavage des chemins.

De nos jours, les comités de villages et les associations agissent dans l'urgence pour réactiver ces réflexes anciens de la culture locale. La fierté villageoise semble être le levier essentiel qui pousse la jeunesse d'une contrée à rivaliser avec celle du village voisin. Les assemblées départementales élues organisent annuellement le concours du village le plus propre de la wilaya.

Les villages de Kabylie renouent ainsi avec la culture des ancêtres, qui considéraient l'hygiène comme une question d'honneur. Les habitants estiment que si les espaces sont nettoyés convenablement, personne ne pourra mettre le feu à leur territoire. Les autorités locales encouragent cette initiative et organisent des concours pour récompenser les villages les plus propres.

Key points

  • La tradition du nettoyage public est une pratique socioculturelle ancienne en Kabylie, qui connaît une résurgence ces dernières années.

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SaharaWire Newsroom
SaharaWire

Reporting for SaharaWire from the Nairobi bureau.