La précarité économique, les menaces et les restrictions à la liberté de la presse fragilisent le journalisme sur le continent africain. Selon un rapport de la Fédération des journalistes africains, 61 % des journalistes interrogés affirment que leurs revenus ne leur permettent pas de couvrir leurs besoins essentiels. Cette situation est constatée auprès de 1 586 journalistes issus de 45 pays, avec l’appui du Programme multi-donateurs de l’UNESCO sur la liberté d’expression et la sécurité des journalistes.
Les difficultés financières constituent l’une des principales préoccupations des journalistes africains. Seuls 4 % estiment que leur rémunération suffit à prendre en charge leurs dépenses de base. À cette précarité s’ajoutent des conditions d’emploi souvent instables. Cinquante-huit pour cent des personnes interrogées déclarent subir des retards de paiement de leur salaire, tandis que 62 % travaillent sans contrat écrit et 71 % ne bénéficient d’aucune protection sociale.
Les pigistes représentent 29 % de l’échantillon, auxquels s’ajoutent 18 % de collaborateurs et de correspondants indépendants. Pour le président de la FAJ, Omar Faruk Osman, ces difficultés économiques et professionnelles compromettent directement l’exercice du métier. Il déclare que « lorsque les journalistes ne peuvent pas gagner leur vie, travailler en toute sécurité ou rendre compte librement, la liberté de la presse n’existe que sur le papier ».
L’autocensure gagne du terrain chez les journalistes africains. Selon l’enquête, 65 % des répondants ont subi des menaces ou des actes d’intimidation liés à leur travail au cours des trois dernières années. Seuls 17 % déclarent se sentir toujours en sécurité dans l’exercice de leur profession, contre 55 % qui se sentent rarement ou jamais en sécurité. Le rapport indique également qu’au moins 18 journalistes et professionnels des médias ont été tués en Afrique en 2025 en raison de leur activité professionnelle.
Les pressions ont des répercussions sur le traitement de l’information. Ainsi, 84 % des journalistes interrogés déclarent pratiquer fréquemment ou occasionnellement l’autocensure. De même, 69 % affirment avoir renoncé à traiter certains sujets en raison de menaces. L’ingérence politique arrive en tête des menaces les plus graves pour la liberté de la presse, citée par 29 % des répondants. Elle est suivie de la violence contre les journalistes (22 %) et des lois restrictives (18 %).
Les risques numériques et le mal-être professionnel sont également préoccupants. Trente-six pour cent des journalistes interrogés déclarent avoir subi du harcèlement en ligne lié à leur activité, 26 % font état de surveillance numérique, 24 % d’abus sexuels en ligne et 21 % de tentatives de piratage. Les femmes journalistes sont particulièrement exposées, avec 76 % des répondants affirmant qu’elles font face à des risques supplémentaires, notamment le harcèlement sexuel et les violences en ligne fondées sur le genre.
Face à cette situation, la FAJ appelle les gouvernements, les employeurs des médias et les institutions concernées à prendre des mesures urgentes. Elle préconise notamment des rémunérations équitables, la formalisation des contrats de travail, l’accès à la protection sociale et la garantie de conditions de travail sûres. Le rapport recommande également des enquêtes rapides sur les agressions contre les journalistes, la lutte contre l’impunité et la réforme des lois utilisées pour intimider les professionnels des médias.
Key points
- 61 % des journalistes africains peinent à couvrir leurs besoins essentiels
- Les journalistes africains subissent des menaces et des pressions qui limitent leur liberté éditoriale
- La FAJ appelle à des mesures urgentes pour améliorer les conditions de travail des journalistes africains