Le déploiement massif de l'intelligence artificielle commence à produire un effet moins attendu : il renchérit certains intrants technologiques. La banque centrale australienne surveille désormais ce canal comme un risque supplémentaire pour l'inflation. Selon la gouverneure de la Reserve Bank of Australia, Michele Bullock, le boom mondial de l'investissement dans l'IA provoque des hausses significatives sur certains intrants de sa chaîne d'approvisionnement.
La demande mondiale de semi-conducteurs et d'autres technologies nécessaires à l'IA exerce une pression sur des capacités de production déjà contraintes. Dans son rapport d'août, la RBA relevait que cette demande avait déjà contribué à une hausse des prix à la production dans certaines économies et à l'augmentation du prix de certains produits électroniques et logiciels. Les investissements dans l'IA mobilisent immédiatement puces, mémoires, stockage, logiciels et infrastructures.
La construction massive de data centers augmente la demande mondiale de mémoires, de capacités de stockage et de semi-conducteurs. Lorsque la production ne suit pas assez vite, ces composants deviennent plus chers. Les fabricants peuvent ensuite répercuter une partie de ces coûts sur les ordinateurs et autres équipements électroniques. C'est ce qui se passe sur le marché australien des ordinateurs, où les prix ont fortement progressé en six mois.
Selon Nick Wells, directeur général de JB Hi-Fi, les prix des PC ont fortement progressé en six mois et, pour certaines marques, les hausses dépassent 50 %. Il attribue principalement ce mouvement au renchérissement de la mémoire, dont une part croissante de l'offre est absorbée par les besoins des centres de données dédiés à l'IA. Cette tendance est toutefois limitée à certains produits et n'affecte pas l'ensemble des ordinateurs et des smartphones.
La RBA souligne également que la transmission de ces tensions aux prix à la consommation reste jusqu'ici limitée dans la plupart des économies. Michele Bullock estime ainsi possible que ces investissements entretiennent temporairement certaines pressions inflationnistes avant que leurs bénéfices de productivité apparaissent. L'IA pourrait donc avoir deux effets successifs : renchérir certains intrants à court terme, avant éventuellement de réduire les coûts grâce aux gains d'efficacité promis.
Le paradoxe est économique, car les investissements dans l'IA mobilisent immédiatement des ressources, alors que les gains de productivité espérés peuvent mettre davantage de temps à se diffuser. Les entreprises et les consommateurs commencent à ressentir ces effets, avec des prix qui augmentent pour certains produits électroniques et logiciels. Les banques centrales, comme la RBA, suivent de près ces évolutions pour anticiper les risques inflationnistes.
Les conséquences de cette tendance sur l'économie mondiale seront étroitement surveillées dans les prochains mois. Les investisseurs, les entreprises et les consommateurs devront s'adapter à cette nouvelle donne, où l'IA peut avoir des effets contradictoires sur l'économie. Les banques centrales devront également trouver un équilibre entre la gestion des pressions inflationnistes à court terme et les bénéfices de productivité à long terme que l'IA peut apporter.
Key points
- Le boom de l'investissement dans l'IA provoque des hausses significatives sur certains intrants technologiques.
- La demande mondiale de semi-conducteurs et d'autres technologies nécessaires à l'IA exerce une pression sur des capacités de production déjà contraintes.
- Les investissements dans l'IA pourraient avoir deux effets successifs : renchérir certains intrants à court terme, avant éventuellement de réduire les coûts grâce aux gains d'efficacité promis.