Les récentes pluies diluviennes qui se sont abattues sur le Sénégal ont provoqué de nouvelles inondations, faisant cinq morts selon un bilan provisoire confirmé par le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique. Cette situation, qui se répète chaque année, pose la question de la capacité des autorités à gérer les risques liés aux inondations dans les villes sénégalaises, notamment à Dakar. Les inondations sont-elles une fatalité pour le Sénégal ?
Lansana Gagny Sakho, ancien directeur général de l'Office national de l'assainissement du Sénégal (ONAS), a livré une analyse sans détour sur les causes des inondations au Sénégal. Selon lui, les inondations de Dakar sont le symptôme d'un déficit structurel de gouvernance urbaine. Il pointe du doigt des décennies de décisions non intégrées, notamment une urbanisation galopante sans planification rigoureuse et des investissements en assainissement insuffisants.
M. Sakho identifie plusieurs causes qui se cumulent et expliquent, selon lui, l'impasse dans laquelle le pays semble s'enliser. La première est la discontinuité institutionnelle, avec des plans et des réformes qui s'interrompent au rythme des changements de direction ou de régime. Il dénonce également une fragmentation des responsabilités entre plusieurs structures, notamment l'ONAS, la Délégation générale à la promotion des pôles urbains et les collectivités territoriales.
Cette fragmentation des responsabilités, selon M. Sakho, entraîne des solutions partielles et inefficaces. Il pointe également un sous-financement chronique, avec des besoins d'investissement qui n'ont jamais été pleinement mobilisés. L'eau et l'assainissement restent perçus comme des charges, alors qu'il faut les traiter comme des investissements productifs. M. Sakho dénonce également l'absence d'une culture de la redevabilité.
Selon M. Sakho, il n'existe pas, à ce jour, de mécanisme robuste d'évaluation des politiques publiques d'assainissement, ce qui permettrait d'apprendre des échecs et de capitaliser sur les succès. Malgré ce constat sévère, il refuse de céder au pessimisme et affirme que le Sénégal a les ressources humaines et intellectuelles pour régler ce problème. Il préconise une approche de long terme et institutionnalisée.
M. Sakho lance un appel à la méthode, à la constance et à la responsabilité, loin des solutions d'urgence qui, chaque année, pansent les symptômes sans jamais traiter la maladie. Il souligne que l'assainissement, c'est du long terme et que les infrastructures se construisent sur dix, quinze, vingt ans. Chaque rupture de continuité a un coût, selon lui.
Enfin, M. Sakho, qui est également Président du conseil de surveillance de l'APIX et allié du Président Diomaye, reste convaincu que le Sénégal peut régler ce problème d'inondations à travers une gouvernance urbaine plus efficace et des investissements appropriés. Il appelle à une prise de conscience et à une action concertée pour résoudre ce problème qui affecte chaque année la vie des Sénégalais.
Key points
- Les inondations au Sénégal sont un problème de gouvernance urbaine
- Le sous-financement chronique et la discontinuité institutionnelle sont des causes majeures des inondations
- Une approche de long terme et institutionnalisée est nécessaire pour régler le problème des inondations