Le débat sur la discrimination numérique dont sont victimes les créateurs africains a été relancé récemment par le rappeur ivoirien Himra. Le 16 septembre dernier, il a interpellé YouTube dans une publication sur sa page Facebook, dénonce l’inégalité dans le partage des revenus générés par les plateformes. Son message a recueilli plus de 10 000 commentaires. Himra a exprimé son mécontentement face à la situation, affirmant être numéro 1 sur YouTube en Côte d'Ivoire, mais ne pas bénéficier de la même rémunération que des artistes nigérians moins populaires.
Pour toucher une part des revenus publicitaires sur YouTube, un créateur doit rejoindre le Programme Partenaire YouTube (YPP). Il lui faut réunir 1 000 abonnés et 4 000 heures de visionnage sur douze mois, ou 1 000 abonnés et 10 millions de vues de Shorts sur 90 jours. Cependant, il doit surtout résider dans un pays où le programme est disponible. Cette condition exclut une grande partie du continent africain. Seuls 13 pays africains sont actuellement éligibles, dont l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Égypte, le Ghana, le Kenya, la Libye, le Maroc, le Nigeria, l’Ouganda, le Sénégal, la Tanzanie, la Tunisie et le Zimbabwe.
La liste des pays éligibles au Programme Partenaire YouTube exclut de nombreux pays africains, dont la Côte d'Ivoire et le Mali. Face à ce blocage, des tutoriels conseillent de déclarer un pays éligible dans les paramètres de la chaîne. Cependant, cette astuce n’est pas sans risque, car YouTube demande des documents fiscaux qui peuvent être difficiles à fournir pour les créateurs résidant dans des pays non éligibles.
D'autres plateformes numériques, comme TikTok et Spotify, appliquent des critères d'éligibilité similaires. Le Creator Rewards Program de TikTok n’est disponible que dans sept pays au monde, aucun pays africain n’y figurant pour le moment. Spotify rémunère selon le pays où l’écoute a lieu, en tenant compte du prix des abonnements et de la situation économique locale. Cela crée une hiérarchie des revenus qui repose sur une fracture numérique persistante.
Selon la GSMA, association internationale d’opérateurs de téléphonie mobile, les technologies mobiles ont généré 240 milliards de dollars en 2025, soit 7,8 % du PIB africain. Cependant, 63 % des Africains vivent dans une zone couverte sans utiliser l’internet mobile, soit environ 906 millions de personnes. Cette fracture numérique a des conséquences importantes pour les créateurs africains qui tentent de monétiser leur contenu en ligne.
La logique qui exclut les pays africains des programmes de monétisation est parfois difficile à comprendre. Certains territoires de petite taille, comme Saint-Pierre-et-Miquelon, sont éligibles au Programme Partenaire YouTube, tandis que des pays africains plus peuplés, comme la République démocratique du Congo, ne le sont pas. Cette situation a des implications importantes pour l’économie numérique et le secteur de la création de contenu en Afrique.
Des organisations panafricaines, comme l’Union africaine, pourraient se saisir du dossier pour obtenir des règles contraignantes face à ces plateformes, à l’image du Digital Services Act (DSA) de l’Union européenne. L'économie numérique et le secteur de la création de contenu peuvent contribuer à réduire le chômage des jeunes et, à terme, le nombre de candidats à l’émigration clandestine.
Key points
- Les créateurs africains dénoncent l'inégalité du partage des revenus sur les plateformes numériques.
- Le Programme Partenaire YouTube n'est disponible que dans 13 pays africains.
- La fracture numérique persistante en Afrique a des conséquences importantes pour les créateurs africains.